Des réfugiés, nouveaux diplômés d'informatique

Après sept mois de formation, quatorze étudiants ont reçu leur diplôme d'informatique, à la Bibliothèque nationale de France. Ils ont connu la guerre et l'exil, on les appelle les "refugeeks".

Des lauréats recevant leurs prix
Des lauréats recevant leurs prix (Radio France/ Mathilde Lemaire)

C'est la contraction de "réfugiés" et de "geek" (passionné de nouvelles technologies et d'informatique) : le terme "refugeek" a été inventé pour ces étudiants. Ils sont originaires de Syrie, de Libye, du Soudan, du Pakistan ou d'Ethiopie. Ce jeudi ils ont reçu leur diplôme de développeur web / codeur, à la Bibliothèque Nationale de France, à Paris.

"Regardez ce certificat, j'en suis très fier !" raconte Mohamed, l'un des Syriens de la promotion. "Le meilleur reste à venir. Je serai digne de mes enseignants" confie-t-il, ému. 

Dans cette classe un peu particulière, certains étaient avant journalistes, ingénieurs, professeurs dans leur pays. Isaac était technicien : "Je n'avais jamais pensé venir en France à part peut-être pour les affaires ou les vacances". Chrétien travaillant pour un musulman, Isaac était menacé de mort à Bangui. Il a fui sa ville il y a deux ans. "Ça n'a pas été un choix de venir m'installer à Paris. J'y ai été obligé car ma vie était en danger en Centrafrique depuis l'hiver 2013. Beaucoup de mes proches ont été tués. Même des enfants. Beaucoup ont été décapités en plein jour, sous mes yeux. C'était terrible."

J'adorerais devenir développeur web pour une grande entreprise françaiseIsaac, l'un des étudiants promus

Isaac fuit donc la Centrafrique, arrive en France. Il reste un an et demi sans papiers, vit dans la clandestinité. "Maintenant que j'ai eu la chance de suivre cette formation de développeur web, je vais tout faire pour aller vers un avenir meilleur, plus serein, plus prospère" glisse Isaac. "J'adorerais devenir développeur web pour une grande entreprise française. Je dois bien ça à la France. Je veux offrir le meilleur à la France."

L'initiative a été lancée par une entreprise solidaire d'insertion : Simplon. Ces 14 réfugiés formés au codage informatique et au développement web ont aussi reçu des cours de français. Leurs progrès et leur motivation impressionnent l'une des responsables de l'entreprise, Léa Oriol : "Ce sont des gens qui étaient diplômés, brillants et actifs dans leurs pays. En le fuyant, souvent, ils ont subi un immense déclassement. C'est dur de voir que certains ont dû dormir à la rue dans Paris. Alors ça fait vraiment plaisir de les voir ainsi rebondir. Ils méritent de pouvoir trouver une nouvelle stabilité après des mois ou des années très difficiles." 

En fuyant leur pays, souvent, ces personnes ont subi un immense déclassement. Alors ça fait vraiment plaisir de les voir ainsi rebondir.Léa Oriol, responsable chez Simplon

Ces nouveaux promus espèrent trouver rapidement un emploi. D'ici deux ans, d'après les prévisions de croissance des activités internet, les entreprises françaises devraient recruter 30 000 développeurs web.