"C'est une ouverture d'esprit pas possible" : à Toulouse, des particuliers accueillent des migrants bénévolement

Alors que le gouvernement a tenté d'éteindre, jeudi, la polémique concernant le futur projet de loi sur l'immigration, une association propose à des Toulousains d'accueillir des migrants chez eux pendant six mois, à tour de rôle.

L\'entrée du réfectoire du centre d\'accueil pour migrants d\'Emmaüs à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 8 février 2017.
L'entrée du réfectoire du centre d'accueil pour migrants d'Emmaüs à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), le 8 février 2017. (LIONEL BONAVENTURE / AFP)

Le gouvernement a annoncé, jeudi 21 décembre, le lancement d'une "consultation" en janvier concernant le futur projet de loi sur l'immigration. Le Premier ministre Edouard Philippe s'est efforcé d'apaiser les tensions autour de ce texte, en réunissant à Matignon une trentaine d'associations d'hébergement ou d'aide aux étrangers. 

Alors que le président de la République s'était engagé, en juillet, à ce qu'il n'y ait plus un seul migrant à la rue à la fin de l'année, les foyers qui les accueillent sont pleins et il y a toujours des tentes sur les trottoirs. À Toulouse, l'association Welcome se mobilise donc pour trouver des familles d'accueil à ces migrants. Ces particuliers acceptent d'ouvrir leur porte à l'un d'entre eux pendant un mois, jusqu'à ce que son dossier d'asile soit examiné. 

Ayab, de l'Afghanistan à la France

Ayab, par exemple, a quitté l'Afghanistan il y a déjà trois ans. Là-bas, il a connu "beaucoup de problèmes", raconte-t-il dans un français hésitant. Dans sa tête, le pachto, l'allemand et l'anglais se mélangent avec notre langue. "C'est difficile pour moi", admet le jeune homme de 19 ans.  

Son parcours, c'est Jean-François, chez qui Ayab est accueilli, qui le raconte. "Il a passé deux ans en Allemagne, comme mineur isolé. Il y avait des dispositifs donc il a été pris en charge, il est allé à l'école et il a appris l'allemand. Mais il a eu peur d'être renvoyé en Afghanistan et il a fui en France. Il a été à la rue et, là, il vient d'avoir l'accord du préfet pour démarrer une démarche de demandeurs d'asile. Il repart donc pour six mois avec Welcome et je crois qu'il s'y plaît bien."

Un accueil en toute confiance

Welcome permet aux migrants qui sont à Toulouse de retrouver une chambre. Au total, 150 particuliers les accueillent, à tour de rôle, pendant six mois, sans rien demander à personne. "On n'est absolument pas militants", se défend Chantal, qui lui fournit la chambre. L'accueil se fait de manière très naturelle, d'après elle.

On accueille un étranger comme on accueillerait un ami. On ne change rien à notre vieChantal, Toulousaine qui accueille des migrants chez elleà franceinfo

L'accueil d'Ayab n'a rien changé dans leur quotidien. "Les demandeurs d'asile sont très occupés dans la journée entre leurs cours de français et leurs démarches administratives. Il faut qu'ils préparent l'avenir !" Le couple de français et le jeune afghan se retrouve pour partager des repas, notamment. L'accueil se fait en toute confiance, d'après Chantal : "On leur donne la clé de la maison, ils rentrent et ils sortent, ils sont comme nos enfants !  Depuis trois ans que Welcome existe à Toulouse, on n'a jamais eu aucun problème."

Une vision des choses différentes

Normalement, Ayab devrait vivre en Centre d'accueil de demandeurs d'asile (Cada), une structure financée par Etat. Mais celui de Toulouse est plein. D'où ce geste solidaire : "On a trois chambres de libre et on s'est dit : 'Si on arrêtait de râler ?', raconte Jean-François. Parce que, quand même, on préfère être à notre place qu'à la leur." Avec l'accueil des migrants, leur vision des choses a changé : "C'est une ouverture d'esprit pas possible."

Ayab est donc au chaud pour Noël, découvre l'avenir et nos moeurs. Il pense également à sa famille, restée en Afghanistan. Il entretient au fond de lui un fol espoir : "Je voudrais rester en France. Je voudrais travailler pour la France."

Avec l'association Welcome, des familles d'accueil pour les migrants : le reportage de Frédéric Bourgade à Toulouse
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