Cet article date de plus de six ans.

Ukraine : à Sébastopol, la population soutient l'intervention russe

Les forces russes ont pris ce week-end le contrôle de la Crimée, sans effusion de sang. La population majoritairement pro-russe se mobilise contre le nouveau pouvoir de Kiev.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Une Ukrainienne agite un drapeau russe en signe de soutien devant un militaire, à Balaklava, une petite ville située près de Sébastopol (Ukraine), le 1er mars 2014. (VIKTOR DRACHEV / AFP)

A Sébastopol, en Ukraine, l'atmosphère reste calme malgré les patrouilles armées dans les rues, dimanche 2 mars. Ça et là, des petits groupes d'habitants et des familles bavardent. Les drapeaux russes fleurissent sur les bâtiments et supplantent ainsi les couleurs ukrainiennes.

Au sud-ouest de la péninsule de Crimée, la ville de Sébastopol abrite la base de la flotte russe de la mer Noire depuis environ 250 ans. Sébastopol est, pour Moscou, une pièce maîtresse dans les tensions émergeant dans la partie russophone de l'Ukraine, après l'éviction du pouvoir, à Kiev, du président pro-russe Viktor Ianoukovitch. Ce dernier a été destitué après l'intervention sanglante des forces de l'ordre contre les manifestants, qui a fait près d'une centaine de morts dans la capitale ukrainienne.

"Ici, nous parlons russe"

"Sébastopol est une ville russe", crie la retraitée Zinaida Lazereva alors qu'un groupe de dames âgées chante des chansons de guerre de l'époque soviétique sur la place centrale de la ville. "Ici, nous parlons russe, nous avons une mentalité russe et nous voulons être en Russie", explique-t-elle à l'AFP, alors qu'au loin, on aperçoit des navires militaires dans la baie.

"Poutine n'a rien saisi chez nous (...), les Russes ne prennent pas le pouvoir, ils viennent ici pour nous sauver", estime Lidia Alexandrovna, une autre retraitée portant les couleurs de la Russie sur un badge accroché à sa veste.

Des hommes armés, dont Kiev affirme qu'ils ont le soutien de Moscou, ont investi les bâtiments officiels dans la région de Sébastopol et ont encerclé les bases militaires ukrainiennes. Samedi, le Parlement russe avait donné son feu vert à une intervention militaire des forces russes en Ukraine.

Guerre médiatique

Influencés sans doute par les diffusions des chaînes de télévisions russes, qui ont régulièrement décrit les manifestants comme des fascistes, beaucoup d'habitants voient le nouveau pouvoir à Kiev comme une menace pour eux-mêmes et leurs familles.

"Ces terroristes veulent venir détruire nos monuments et l'histoire de notre combat contre le fascisme, affirme un ex-membre des forces sous-marines, Vasily Gradsky. Ils veulent venir brûler nos maisons et ils ont dit qu'ils pendraient les gens qui parlent russe."

Groupes d'autodéfense contre "le nazisme"

Ces inquiétudes pour leur langue et leur héritage culturel semblent avoir poussé certains habitants à l'action. Stanislav Nagorny, propriétaire d'un magasin et vêtu d'un treillis militaire fraîchement repassé, explique que la semaine dernière, quelque 5 000 personnes se sont proposées pour rejoindre le groupe d'autodéfense qu'il représente. "Quand vous voyez que le nazisme est apparu dans l'ouest de l'Ukraine et est arrivé maintenant à Kiev, vous ne pouvez pas rester à la maison", lance-t-il. 

Sur une place au centre de la ville, se tiennent des dizaines de cosaques venus de la région russe voisine de Kouban, aux uniformes dépareillés et portant les chapeaux traditionnels. "Nous sommes venus il y a quelques jours et nous resterons aussi longtemps qu'il nous faudra travailler avec la police pour maintenir l'ordre", affirme leur commandant, Sergueï Savotin.

Même si de nombreux habitants souhaiteraient voir la Crimée rejoindre la Russie, d'autres ne pensent pas qu'il faille aller aussi loin. "Je ne pense pas qu'on finira par rejoindre la Russie, mais cela pourrait conduire à une plus grande autonomie", commente Dina Toporskaya, monitrice de surf d'une vingtaine d'années. "C'est juste qu'il y a eu tellement de changements et que les gens ont peur maintenant", souligne-t-elle.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.