Macédoine : des heurts font au moins 22 morts entre la police et un "groupe armé"

Les forces de l'ordre traquent un "groupe armé venu d'un pays voisin" dans le but de perpétrer une "attaque terroriste contre les institutions de l'Etat".

Un homme discute avec un policier, à Kumanovo (Macédoine), le 10 mai 2015, alors que des heurts ont opposé les forces de l\'ordre à un groupe armé. 
Un homme discute avec un policier, à Kumanovo (Macédoine), le 10 mai 2015, alors que des heurts ont opposé les forces de l'ordre à un groupe armé.  (OGNEN TEOFILOVSKI / REUTERS)

Depuis samedi, Kumanovo, ville située dans le nord de la Macédoine, à la frontière avec le Kosovo, est le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Des troupes d'élite, des transports de troupes blindés, des policiers casqués ont bouclé un quartier à majorité albanaise musulmane où se sont retranchés les membres d'un mystérieux groupe armé. Les heurts ont fait au moins 22 morts, dont des policiers macédoniens, selon un bilan diffusé dimanche 10 mai. 

Francetv info vous en dit plus sur la situation sur place. 

Que s'est-il passé ? 

Des affrontements ont éclaté, samedi, à Kumanovo entre la police et des dizaines de membres d'un groupe armé, présumés d'origine albanaise, retranchés dans un quartier de la ville.Les heurts se sont poursuivis, dimanche, obligeant des dizaines d'habitants à fuir le quartier. 

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Les affrontements ont fait 22 morts, dont de nombreux policiers. "Huit policiers ont été tués et 37 blessés", a déclaré un porte-parole de la police, Ivo Kotevski. "D'autre part, 14 cadavres en uniforme ont été retrouvés sur place", a-t-il ajouté. Il s'agirait des membres du groupe armé. "Le groupe terroriste a été annihilé. L'opération approche de sa fin", a aussi affirmé Ivo Kotevski, dimanche après-midi, assurant qu'une importante quantité d'armes a été retrouvée sur place.

De quel "groupe armé" s'agit-il ? 

Selon Ivo Kotevski, les assaillants faisaient partie d'un "groupe terroriste particulièrement dangereux", dont les membres sont sous mandat d'arrêt international. Ce groupe s'est infiltré en Macédoine depuis "un pays voisin", a indiqué la police sans l'identifier de façon formelle. La presse locale affirme qu'il s'agit du Kosovo, pays à majorité albanaise.

D'après le porte-parole de la police, plus d'une trentaine de personnes ont participé à l'attaque, pour la plupart des citoyens de Macédoine, mais aussi cinq du Kosovo et un d'Albanie. Tous sont présumés d'origine albanaise. A Skopje, la capitale de la Macédoine, le ministère de l'Intérieur a précisé qu'une vingtaine de membres de ce groupe s'étaient rendus aux forces de l'ordre, samedi, et qu'ils étaient sur le point d'être présentés devant la justice.

Dans quel contexte ces heurts surviennent-ils ?  

Ces affrontements interviennent quelques semaines après qu'un groupe armé d'Albanais venus du Kosovo a pris possession, le 21 avril, d'un petit commissariat de police à la frontière nord de la Macédoine. Ses membres réclamaient la création d'un Etat albanais sur le territoire de cette ex-république yougoslave.

En Macédoine, pays de 2,1 millions d'habitants en majorité slaves orthodoxes et où la minorité albanaise musulmane représente un quart de la population, ces affrontements réveillent la crainte d'un conflit similaire à celui de 2001. Pendant six mois, il avait opposé les autorités aux rebelles albanais, qui réclamaient davantage de droits au sein de la société.

Ces violences surviennent aussi alors que la Macédoine, candidate à l'adhésion à l'UE depuis dix ans, est en proie à une grave crise politique qui oppose depuis des mois les principales formations slaves. L'opposition de gauche accusent le pouvoir conservateur de corruption et d'avoir mis sur écoute 20 000 personnes, dont des hommes politiques, des journalistes et des chefs religieux.

Quelles sont les réactions ? 

L'Union européenne s'est déclarée "profondément préoccupée" par ces violences. "Toute escalade ultérieure de la violence doit être évitée, dans l'intérêt de la stabilité générale dans le pays", a déclaré, dans un communiqué, le commissaire européen à l'Elargissement, Johannes Hahn.

La Serbie, elle aussi voisine du nord de la Macédoine, a aussitôt annoncé qu'elle renforçait ses troupes à cette frontière. L'Albanie et le Kosovo ont quant à eux lancé des appels au calme, Pristina demandant "à toutes les parties de trouver une solution par la voie du dialogue politique".

Le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg, a appelé toutes les parties à la "retenue" et "à éviter toute nouvelle escalade dans l'intérêt du pays et de l'ensemble de la région".

Allié du parti conservateur slave au pouvoir à Skopje, le DUI, principal parti politique des Albanais de Macédoine, a lui aussi fermement condamné ces incidents. A Skopje, les autorités ont appelé la population au calme et proclamé deux jours de deuil national.