"S’il n’y a pas d’accord commercial, il y aura du grabuge" : le port de Douvres s'inquiète des conséquences du Brexit

Alors que Theresa May, la Première ministre britannique, tente de convaincre les députés d'accepter son projet d'accord négocié avec l'Union européenne, la menace d'une sortie brutale de l'UE inquiète à Douvres. Un port essentiel pour les échanges commerciaux entre l'Angleterre et la France. 

Le port de Douvres
Le port de Douvres (JOHAN BEN AZZOUZ / MAXPPP)

A peine quarante-cinq minutes, c’est le temps qu’il faut aujourd’hui à un ferry pour décharger ses camions à Douvres, en Angleterre. Un ballet incessant qui pourrait s’interrompre avec le Brexit. L'accord, sur la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne, négocié entre Londres et Bruxelles est débattu à partir de ce mardi 4 décembre à la Chambre des communes. Les députés britanniques doivent se prononcer sur cet accord par un vote le 11 décembre.

Cette décision est attendue avec inquiétude à Douvres explique David Clements, ancien employé de la compagnie P&O Ferries et représentant du syndicat GMB. "Il y a un manque total de préparation ! Aussi bien du côté du port que du côté des douanes. Douvres est l'un des ports les plus fréquentés d’Europe.Tous les tests de résistance montrent que les processus qui devraient être mis en place en cas de Brexit dur sont aujourd’hui inexistants. S’il n’y a pas d’accord commercial, il y aura du grabuge. C’est très inquiétant."

10 000 camions traversent la Manche chaque jour

Aujourd’hui, grâce au marché commun et à l’Union douaniere, 2 % des camions seulement sont contrôlés. Sans accord commercial, il faudrait à partir du 30 mars rétablir des vérifications douanières, et phytosanitaires, ce qui entraînera de longues files d'attente. "On estime que deux minutes de retard génèrent à chaque fois trente kilomètres de bouchons, regrette David Wells, le directeur général du syndicat des transporteurs de fret. En quelques heures, tout sera bloqué." Ce blocage a aussi un coût près d'1€40 par minute de retard et par camion selon l'association de transporteur.

De l'autre côté de la Manche, les entreprises françaises qui commercent avec l'Angleterre sont inquiètes. Hervé Morin, le président la région Normandie, lance un SOS. "Au 30 mars, ce sont des dizaines de milliers de poids lourds qui devront être contrôlés dans chaque port. En Normandie, 100 000 camions arrivent au port de Caen-Ouistreham, 40 000 d'entre-eux transportent des produits phytosanitaires. Cela entraînera 40 000 contrôles dans des ports qui ne sont plus adaptés, ni équipés et dans lesquels il faudra mettre des fonctionnaires." 

Ces fonctionnaires ont largement disparu, des deux côtés de la Manche, depuis la création du marché unique. En 1993, il y avait 300 douaniers dans le comté du Kent, ils sont 24 aujourd'hui.