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L'ancien nazi étant atteint d'une infection, l'audience de son procès prévue mercredi à Munich a été annulée

Le procès de John Demjanjuk, 89 ans, s'est ouvert lundi à Munich. Il est jugé pour complicité dans l'extermination 27.900 juifs à Sobibor. L'ouverture du procès a eu lieu avec un retard dû à l'affluence.La prochaine audience demeure fixée au 21 décembre, a ajouté le tribunal.
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John Demjanjuk (France 3)

Le procès de John Demjanjuk, 89 ans, s'est ouvert lundi à Munich. Il est jugé pour complicité dans l'extermination 27.900 juifs à Sobibor. L'ouverture du procès a eu lieu avec un retard dû à l'affluence.

La prochaine audience demeure fixée au 21 décembre, a ajouté le tribunal.

Lundi, au premier jour de son procès, l'accusé, figurant en première place sur la liste des criminels de guerre nazis encore en vie établie par le centre Simon Wiesenthal, est entré dans la salle d'audience dans un fauteuil roulant en raison de son mauvais état de santé.

Cet apatride d'origine ukrainienne risque la perpétuité si la cour d'assises décide qu'il a bien été garde pendant six mois en 1943 dans le camp d'extermination de Sobibor (Pologne). Durant cette période, quelque 27.900 juifs, notamment néerlandais, ont été gazés. Selon l'accusation, il a forcément participé à cette extermination. Demjanjuk nie avoir été présent à Sobibor.

John Demjanjuk a été expulsé en mai dernier des Etats-Unis où il s'était établi en 1952. Et ce à l'issue d'une longue bataille judiciaire notamment à cause de son mauvais état de santé. Mais les justices américaine et allemande l'ont estimé apte à être jugé moyennant deux sessions de 90 minutes seulement par journée d'audience.

L'audience de ce qui devrait être un des derniers grands procès des crimes commis sous le nazisme a commencé avec retard en raison de la foule qui se pressait à l'entrée du tribunal. La salle d'audience ne peut accueillir qu'environ 150 personnes, alors que des rescapés de l'Holocauste ou leurs descendants et les journalistes sont venus du monde entier pour y assister.

Depuis lundi, la cour prévoyait d'entendre l'accusé et quelque 19 représentants de la trentaine de parties civiles, survivants de Sobibor ou descendants de disparus. Aucun n'a vu Demjanjuk à Sobibor et les seuls témoignages directs sont des déclarations écrites de témoins aujourd'hui décédés. L'accusation veut donc tenter d'obtenir une reconnaissance de culpabilité par seule association: Demjanjuk a été garde durant près de six mois en 1943 à Sobibor, période pendant laquelle 27.900 juifs ont été gazés, il a donc participé à cette extermination.

John Demjanjuk, apatride, a été déchu de sa citoyenneté américaine en 2002 pour avoir caché son passé dans des camps nazis. Il assure qu'il était dans l'Armée rouge et avait été fait prisonnier par les Allemands en 1942.

L'Allemagne qui n'a longtemps jugé "que des officiers supérieurs et des dignitaires du régime nazi", a changé de politique "en acceptant depuis un an et demi de juger tous les criminels nazis susceptibles de pouvoir se présenter devant un tribunal", explique Efraim Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal de Jérusalem.

"Pourquoi Demjanjuk devrait-il être épargné?"
"Ce que j'ai vécu, je vais le raconter aux juges", a expliqué Jules Schelvis, 88 ans, un des nombreux Néerlandais parties civiles, qui est également témoin et dont la femme est morte à Sobibor. "Mon grand-père, qui a été tué à Sobibor, était aussi un vieil homme mais personne n'a dit 'oh, c'est un vieil homme, il n'a pas besoin d'aller à Sobibor'. Alors pourquoi Demjanjuk devrait-il être épargné ?", s'interrogeait-il.

Demjanjuk avait été condamné à mort en 1988 en Israël pour avoir été gardien au camp de Treblinka sous le sobriquet d'Ivan le Terrible. Mais il a ensuite été acquitté en raison de doutes sur son identité.

L'accusation affirme cette fois être sûre de son fait. Elle détient une carte d'identité établie par les SS au nom de Demjanjuk, faisant état de son transfert depuis Trawniki, où étaient formés des gardiens de camp de concentration, à Sobibor. L'homme jeune au visage rond qui y figure en photo ressemble très fortement à l'accusé, mais ses avocats assurent que le document est un faux de l'époque soviétique, ce qu'ont démenti des analyses officielles américaines.

Un "moment clé de l'histoire"
Pour le directeur du centre Simon Wiesenthal, le procès est un moment clé de l'histoire. "L'ouverture du procès de Demjanjuk est capitale pour plusieurs raisons, d'abord car il est le criminel nazi le plus recherché, premier de la liste que nous publions, mais aussi car il va être jugé pour sa responsabilité dans la mort de 27.900 juifs et qu'on va enfin savoir son rôle exact dans la machine d'extermination", affirme Efraim Zuroff.

Des centaines de journalistes du monde entier espéraient pouvoir couvrir le procès. La cour, compétente puisque l'accusé a vécu dans la région après la guerre, est apparue totalement débordée. Sa salle d'audience ne peut accueillir qu'environ 150 personnes.

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