Soutien de Merkel à Sarkozy: les réticences de la presse allemande

La presse allemande se montre critique vis-à-vis du soutien affiché par Angela Merkel à Nicolas Sarkozy et met en avant le « risque » pris par la chancelière. Elle n'en observe pas moins que l'opposition sociale-démocrate reste sur la défensive vis-à-vis du socialiste français François Hollande…

Le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel à l\'Elysée le 6 février 2012
Le président Nicolas Sarkozy et la chancelière Angela Merkel à l'Elysée le 6 février 2012 (AFP - LIONEL BONAVENTURE )

Le soutien de la chancelière allemande, apporté au président français lors de l’interview conjointe du 6 février sur France 2, n’était pas forcément acquis d’avance. « Longtemps », celle-ci « n’a pas aimé Sarkozy », rappelle le quotidien conservateur Die Welt. A tel point qu’en 2007, avant la première rencontre entre les deux dirigeants, on expliquait à Berlin que la chancelière s’y préparait « en regardant les films de Louis de Funès ». « Aujourd’hui, Louis de Funès est loin », ajoute Die Welt.

Il faut « mettre de côté les ego », selon le propos tenu par Nicolas Sarkozy lors de l’interview et cité par le journal populaire Bild. « Ce qui signifie que le fier chef de la ’grande nation’ [en français dans le texte, NDLR] se prosterne devant Merkel. Très bas », commente Bild.

Pourquoi ce soutien ?
Pour Die Zeit, hebdomadaire centriste et libéral, « le soutien de l’Allemagne et de Merkel à Sarkozy est légitime ». « Non seulement parce que [le Français, NDLR] appartient à la même famille politique [que l’Allemande, NDLR] ». Mais aussi parce qu’ « il est le plus important allié de Merkel dans la crise de l’UE ».

Reste à savoir pourquoi la chancelière a choisi de se ranger « aussi nettement » aux côtés du chef de l’Etat français. A ses yeux, sa gestion de la crise de l’UE sera « moins en danger » avec Sarkozy qu’avec Hollande, explique Die Frankfurter Allgemeine Zeitung (FAZ), journal des milieux d’affaires.

Die FAZ relève que même s’il souhaite officiellement la victoire d’un socialiste à Paris, le parti social-démocrate allemand (SPD) « s’abstient de critiquer » l’aide apportée par Angela Merkel au président sortant. Pour un chancelier social-démocrate, « avoir affaire à un président comme Hollande ne serait pas sans poser de problème car il mettrait en pratique une partie de son programme sur l’Europe et il se retirerait sur le pré-carré français »…

« Jeu dangereux »
Pour autant, il serait préférable de ne pas donner « un blanc-seing à Nicolas Sarkozy, homme politique lunatique et imprévisible », pense Die Zeit. « En misant tout » sur lui, « Angela Merkel prend le risque considérable de fâcher François Hollande » alors que son adversaire UMP « a peu de chances de l’emporter », estime Die Süddeutsche Zeitung, quotidien de centre-gauche. Et de citer les propos de la chancelière à propos d’un éventuel rendez-vous avec le représentant du PS : « Nous avons des problèmes plus importants à régler »…

Angela Merkel joue « un jeu dangereux » en prenant le risque de « brusquer » et d’ « humilier » François Hollande, pense l’hebdomadaire de centre-gauche Der Spiegel. Certes, elle n’a pas forcément apprécié les propos sur le « diktat allemand » tenus par Arnaud Montebourg et dont le candidat PS « ne s’est jamais distancé de manière univoque ». Pour autant, « jamais la République fédérale ne s’est autant immiscée dans la politique intérieure de la France », relève le Spiegel. Ce faisant, la chancelière doit être consciente du fait que « les ressentiments anciens contre l’Allemagne toute puissante sont en train de ressurgir en France ». A tel point qu’ « il est possible que son soutien à Sarkozy finisse par nuire à ce dernier »…