Espionnage de l'UE : Washington répondra aux demandes d'explications "par voie diplomatique"

"Les Etats-Unis recueillent certaines informations à l'étranger comme le font tous les pays", a simplement déclaré un porte-parole du renseignement américain, sans plus de commentaire. 

Un homme manifeste contre le programme de surveillance américain Prism, le 29 juin 2013 à Hanovre (Allemagne). 
Un homme manifeste contre le programme de surveillance américain Prism, le 29 juin 2013 à Hanovre (Allemagne).  (PETER STEFFEN / DPA / AFP)

Les services de renseignement américains n'espionnaient pas que les échanges internet des citoyens de nombreux pays à leur insu. Un document secret, que l'informaticien Edward Snowden a emporté dans sa fuite, après avoir dévoilé l'existence de Prism, prouve que la National Security Agency (NSA) avait réussi à pénétrer les réseaux informatiques de plusieurs bureaux de l'Union européenne. C'est l'hebdomadaire allemand Der Spiegel (en anglais) qui l'a révélé, samedi 29 juin. Après Bruxelles et Berlin, la France a demandé, dimanche, des explications à Washington. Les Américains ont affirmé qu'ils répondraient "par voie diplomatique".

 

Que révèle "Der Spiegel" ?

Daté de septembre 2010, le document montre que la NSA a posé du matériel d'écoute dans les bureaux de l'Union européenne (UE) à Washington et aux Nations unies, et qu'elle était en mesure non seulement d'écouter les conversations téléphoniques, mais aussi d'accéder aux documents et aux e-mails des diplomates européens, qualifiés de "cible". D'après le Spiegel, l'agence de renseignement américaine surveillait aussi les systèmes de communication de l'immeuble Justus Lipsius, qui héberge le Conseil européen à Bruxelles, et où les gouvernements de l'UE disposent de bureaux à partir desquels ils peuvent passer des appels sécurisés.

Paris et Berlin demandent des explications

La France a demandé aux Etats-Unis, dimanche, des explications sur les allégations d'espionnage de l'Union européenne. Dans un communiqué, le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a déclaré : "Nous attendons des autorités américaines qu'elles lèvent dans les plus brefs délais les inquiétudes légitimes suscitées par les révélations de la presse." Et d'ajouter : "Ces faits, s'ils étaient confirmés, seraient tout à fait inacceptables." Invitée de BFMTV, la ministre de la Justice, Christiane Taubira, a estimé qu'il s'agirait d'"un acte d'hostilité inqualifiable".

La ministre allemande de la Justice exige elle aussi des explications. "Il faut que, du côté américain, on nous explique immédiatement et en détail si ces informations de presse à propos d'écoutes clandestines totalement disproportionnées par les Etats-Unis dans l'Union européenne sont exactes ou non", a déclaré Sabine Leutheusser-Schnarrenberge, dans un communiqué publié dimanche.

Bruxelles remet en cause des négociations en cours

Si ces informations étaient confirmées, cela aurait un "impact sérieux" sur les relations entre l'UE et Washington, a déclaré le président du Parlement européen, l'Allemand Martin Schulz, "profondément inquiet et choqué""Au nom du Parlement européen, j'exige tous les éclaircissements et demande aux autorités américaines de fournir rapidement un complément d'informations concernant ces accusations", a-t-il dit dans un communiqué.

 Que répond Washington ?

"Nous discuterons aussi de ces questions de manière bilatérale avec les Etats membres de l'UE", a déclaré un porte-parole de la direction du renseignement national américain. Et d'ajouter : "Nous n'allons pas faire publiquement de commentaires sur ces allégations concernant des activités de renseignement. (...) Les Etats-Unis recueillent certaines informations à l'étranger, comme le font tous les pays."