Chine : le président Xi Jinping "détient tous les pouvoirs et ne cesse d’augmenter son périmètre de contrôle"

Alors que le président de la République populaire de Chine devrait entamer son second mandat, la spécialiste de la Chine et présidente de "Solidarité Chine", Marie Holzman, rappelle que Xi Jinping a "concentré tous les pouvoirs et en use." 

 Xi Jinping, le 18 octobre 2017.
 Xi Jinping, le 18 octobre 2017. (NICOLAS ASFOURI / AFP)

Xi Jinping, président de la République populaire de Chine depuis 2013, a prononcé un discours de plus de trois heures mercredi 18 octobre à Pékin, à l'occasion du 19e Congrès du Parti communiste chinois. Sans surprise, Xi Jinping devrait entamer un deuxième mandat de président, avec des pouvoirs renforcés. "Il détient tous les pouvoirs et ne cesse d'augmenter son périmètre de contrôle", analyse ce mercredi sur franceinfo Marie Holzman, spécialiste de la Chine et présidente de "Solidarité Chine", association engagée pour les dissidents chinois.

franceinfo : C'est donc un sacre auquel on assiste, celui de Xi Jinping vers le pouvoir absolu et permanent ?

Marie Holzman : C'est tout à fait l'impression qu'il donne. Il a concentré tous les pouvoirs et en use. Il a censuré les intellectuels, il a mis en prison les avocats défenseurs des droits civiques. Maintenant, il s’attaque aux patrons d’usine qui ont le mieux réussi. Un certain nombre d’entre eux ont été arrêtés pendant cette incroyable campagne qui a duré cinq ans. De 2012 à 2017, Xi Jinping a mis en prison 1 300 000 personnes sous prétexte de corruption. Il détient tous les pouvoirs et ne cesse d’augmenter son périmètre de contrôle.

Xi Jinping dit, cette nuit, que la Chine va s'ouvrir davantage à l'économie internationale et traiter équitablement les firmes étrangères. On a un paradoxe : une ouverture économique qui ne mène pas du tout à la libéralisation politique.

J'ai l'habitude de dire que lorsque les dirigeants chinois disent quelque chose, ils le disent : ça ne veut pas dire qu'ils vont le faire. La propagande joue un rôle très important en Chine.

La Chine a une croissance qui reste forte mais qui ralentit. Est-ce que le système politique est encore viable longtemps ?

Là, c'est un mystère. Je me souviens d'une expression [du journaliste] Daniel Mermet qui disait 'La Chine est comme un éléphant qui fait du vélo'. Donc on passe son temps à penser que le vélo va s'écraser et que l'éléphant va tomber. Mais c'est un fait que depuis 30 ans et l'ouverture de la Chine aux réformes économiques, l'économie chinoise n'a pas cessé de fonctionner de façon assez stupéfiante.

Il y a peu d'opposants audibles, visibles, à part ce milliardaire en exil aux États-Unis, Miles Kwok, qui promet de faire des révélations aujourd'hui sur le pouvoir chinois. Est-ce qu'il est un danger pour Pékin ?

Il est devenu la star de l’internet chinois, on ne parle plus que de lui. Il fait des discours fleuves presque tous les jours et il raconte les turpitudes du régime chinois, en désignant un ministre après l'autre et en racontant ses secrets. Ce qui est intéressant, c'est qu'après ses révélations, il y a du mouvement en Chine et ça a un impact. Ce sont de vraies révélations, ce n'est pas du bavardage.