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Chine : 28 ans après, des archives britanniques évaluent la répression de Tiananmen à au moins 10 000 morts

Le régime chinois, qui impose un tabou sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre. 

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Des soldats chinois barrent l'accès à la place Tiananmen de Pékin (Chine), le 6 juin 1989. (MANUEL CENETA / AFP)

Dix mille morts en une nuit, des cadavres "en pâte" sous les blindés et des manifestants achevés à la baïonnette par l'armée chinoise. Vingt-huit ans après les faits, une archive britannique consultée par l'AFP, vendredi 23 décembre, livre un récit cauchemardesque de la répression de la place Tiananmen, à Pékin, en juin 1989.

Elle permet également de relancer le débat sur le bilan exact (et toujours incertain) de la répression sanglante survenue dans la nuit du 3 au 4 juin, à l'issue de sept semaines de manifestations pour la démocratie en Chine.

Dix fois plus de morts que le bilan officiel

Le 5 juin 1989, Alan Donald, ambassadeur du Royaume-Uni à Pékin, conclut un télégramme secret adressé à son gouvernement par la phrase suivante : "estimation minimale des morts civils 10 000". Ce document des Archives nationales britanniques révèle ainsi une estimation presque dix fois plus élevée que les évaluations admises communément à l'époque et qui faisaient généralement état de plusieurs centaines à plus d'un millier de morts.

"Je pense que c'est fiable", a déclaré à l'AFP l'ancien leader étudiant Xiong Yan, désormais naturalisé américain. L'estimation est également jugée crédible par le sinologue français Jean-Pierre Cabestan, qui rappelle que des documents déclassifiés ces dernières années aux Etats-Unis ont abouti au même ordre de grandeur. "Cela fait deux sources assez indépendantes qui disent la même chose"

Le régime chinois, qui impose un tabou sur cette période, avait de son côté affirmé fin juin 1989 que la répression des "émeutes contre-révolutionnaires" avait fait 200 morts chez les civils et "plusieurs dizaines" du côté des forces de l'ordre. 

L'ancien leader étudiant Feng Congde, établi aux Etats-Unis, évoque quant à lui un autre télégramme envoyé trois semaines plus tard par l'ambassadeur Donald ramenant alors le nombre de morts entre 2 700 et 3 400. Lui juge cette estimation "assez fiable", relevant qu'elle recoupe celle faite à l'époque par la Croix-Rouge chinoise (2 700 morts) et par les comités étudiants eux-mêmes auprès des hôpitaux.

Les manifestants "taillés en pièces"

Le rapport d'Alan Donald livre un témoignage terrifiant de la violence qui s'est déchaînée dans la nuit du 3 au 4 juin, lorsque l'armée a entamé son avance en direction de la gigantesque place Tiananmen, cœur symbolique du pouvoir communiste occupée par les manifestants.

"Les blindés de transport de troupes de la 27e armée ont ouvert le feu sur la foule (...) avant de lui rouler dessus", écrit l'ambassadeur. Alan Donald cite pour source une personne dont le nom est caché mais qui a obtenu ses informations d'un "ami proche, actuellement membre du Conseil d'Etat", le gouvernement chinois. Une fois les militaires arrivés place Tiananmen, "les étudiants ont cru comprendre qu'ils avaient une heure pour évacuer, mais après seulement cinq minutes, les blindés ont attaqué", rapporte Alan Donald. Les manifestants "ont été taillés en pièces".

Les blindés ont ensuite "roulé sur les corps à de nombreuses reprises, faisant comme une 'pâte' avant que les restes soient ramassés au bulldozer. Restes incinérés et évacués au jet d'eau dans les égouts", rapporte-t-il en style télégraphique.

"Quatre étudiantes blessées qui imploraient d'être épargnées ont reçu des coups de baïonnette", ajoute l'ambassadeur, avant d'évoquer des ambulances militaires qui "ont essuyé des coups de feu alors qu'elles tentaient d'intervenir".

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