Brésil : Jair Bolsonaro est soutenu par la bourgeoisie "qui est dans une logique plutôt Hitler que Blum"

Le premier tour de l'élection présidentielle au Brésil a lieu dimanche. Selon Armelle Enders, professeur d'histoire contemporaine à l’université Paris 8 et spécialiste du Brésil, le candidat de l'extrême droite, Jair Bolsonaro, "va arriver en tête".

Le candidat à l\'élection présidentielle Jair Bolsonaro, lors d\'un débat télévisé le 17 août 2018.
Le candidat à l'élection présidentielle Jair Bolsonaro, lors d'un débat télévisé le 17 août 2018. (NELSON ALMEIDA / AFP)

"Il y a une dynamique en faveur" de Jair Bolsonaro, a expliqué, vendredi 5 octobre sur franceinfo, Armelle Enders, professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 8, spécialiste du Brésil, à deux jours du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil. Le candidat d'extrême droite, favori des sondages, "va arriver en tête au premier tour", assure-t-elle. Jair Bolsonaro bénéficie du soutien "de la bourgeoisie brésilienne", qui est, selon elle, dans une logique "plutôt Hitler que Blum".

franceinfo : Est-ce que Jair Bolsonaro peut viser la présidence brésilienne ?

Armelle Enders : Il faut voir les choses en face. Il y a une dynamique en sa faveur. Il y a une accélération depuis le début de la semaine qui a pris tout le monde par surprise. Jusqu'à lundi, la plupart des observateurs brésiliens constataient avec beaucoup d'inquiétude la force de Jair Bolsonaro, mais pensaient qu'il était très improbable qu'il gagne. Là les choses changent du tout au tout. Les évangéliques représentent un tiers de l'électorat du Brésil, et ce tiers d'électeurs se prononce à 48% pour Bolsonaro.

Est-ce que son agression a renforcé sa popularité ?

Sur le moment, il n'a pas fait un bond dans les sondages, ce qui a rassuré les gens qui s'inquiètent de son arrivée au pouvoir. Cela a décollé en fin de semaine, au moment où il y avait des manifestations très importantes contre lui. Ce n'est pas n'importe quel candidat. Bolsonaro, c'est le permis de tuer. Il a des solutions radicales. Récemment, quand il y avait des affrontements dans les favelas de Rio de Janeiro, sa solution était de bombarder la favela. Cela en dit long. Son thème, c'est : "dans les favelas il y a des bandits; les bandits, il faut les tuer".

Est-ce qu'on peut le comparer au succès de Donald Trump ou des leaders populistes en Europe ?

Cela ressemble beaucoup au phénomène Trump. L'électorat de Bolsonaro est en train de changer. Il devient plus populaire. Mais jusqu'à une période très récente, son principal soutien était dans les classes dirigeantes, la bourgeoisie brésilienne. Cela fait plusieurs mois que la bourgeoisie brésilienne est dans une logique plutôt Hitler que Blum.

Qui peut rivaliser avec Bolsonaro ?

Il va arriver en tête au premier tour, à moins d'une grande surprise. Apparemment, ce serait Fernando Haddad [du Parti des travailleurs], le candidat qu'a désigné Lula, qui serait qualifié pour le second tour. Mais Fernando Haddad aura du mal à faire l'union de la gauche, à faire le plein de voix et à tirer le centre droit. Le Parti des travailleurs va sans doute faire payer très cher au Brésil et à la démocratie brésilienne ses stratégies électorales.