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Birmanie : mort de Win Tin, figure de la lutte pour la démocratie

Win Tin, l'une des figures de la lutte pour la démocratie en Birmanie, est décédé lundi à l'âge de 84 ans. Malgré 19 années passées en prison, il n'avait jamais abandonné ses idées et ses convictions.
Article rédigé par Matthieu Mondoloni
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
  (Soe Zeya Tun Reuters)

Il était le cofondateur, avec Aung San Suu Kyi, de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), le parti historique de l'opposition birmane. Win Tin s'est éteint ce lundi à l'âge de 84 ans. L'ancien journaliste, dont l'état de santé s'était détérioré ces dernières semaines, est mort dans un hôpital de Rangoun, a annoncé Nyan Win, porte-parole de la LND. Les funérailles doivent avoir lieu mercredi.

"Nous sommes tellement tristes de l'avoir perdu ", a commenté son assistant, Yar Zar. "Mais nous avons beaucoup de chose à faire. Nous allons continuer à faire ce qu'il avait demandé, et nous suivrons son chemin vers la démocratie ", a-t-il ajouté, soulignant que Win Tin avait jusqu'à la fin affirmé son soutien à la chef de l'opposition, Aung San Suu Kyi.

"Nous avons perdu quelqu'un de précieux ", a renchéri la députée de la LND Khin San Hlaing, lors d'un hommage dans une église de Rangoun à laquelle assistaient des dizaines de personnes.

19 années en prison

Win Tin participe à la création de la LND en 1988 avec la prix Nobel de la paix, et alors qu'au moins 3.000 personnes sont tuées lors d'un soulèvement populaire sévèrement réprimé par la junte militaire. L'année suivante, il est arrêté et envoyé en prison où il restera les 19 années suivantes, devenant le prisonnier birman à avoir passé le plus de temps derrière les barreaux.

En 2008, il est libéré dans le cadre d'une amnistie. Il témoigné alors des tortures subies durant ces années d'isolement. Mais il n'abandonne pas la lutte, ni ses idées et ses aspirations démocratiques pour son pays, arborant depuis systématiquement une chemise bleue, l'uniforme des détenus.

Après son autodissolution en 2011, la junte a transféré ses pouvoirs à un régime quasi civil, qui a depuis entraîné la Birmanie dans un tourbillon de réformes et permis le retour de la dame de Rangoun, Aung San Suu Kyi, au sein du jeu politique. De nombreux prisonniers politiques ont également recouvré la liberté à cette occasion. Mais certains défenseurs des droits de l'Homme restent sceptiques et accusent les autorités de continuer emprisonner des militants, notamment pour manifester sans autorisation.

"La seule dissidence vient de moi "

Win Tin a commencé sa carrière de journaliste quelques années après l'indépendance de la Birmanie en 1948. En 1951, il intègre le bureau de l'Agence France-Presse à Rangoun, où il reste trois ans, avant de s'installer au Pays-Bas.

En 1962, alors que la Birmanie plonge dans la tyrannie après le coup d'Etat de Ne Win, Win Tin décidé d'entrer en politique, décidé par "la pression exercée par les gouvernements militaires ", racontait le militant l'an dernier. "Ils faisaient pression sur nous. Ils saisissaient des journaux et des maisons d'édition. Comme j'avais beaucoup de contacts en politique, j'y suis entré ", expliquait encore le vieil homme à l'épaisse chevelure blanche et aux larges lunettes.

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Et s'il a maintenu son soutien à Suu Kyi, la décrivant comme "l'âme de la démocratie birmane ", il regrettait que nul ne s'aventure à la critiquer. "La seule dissidence vient de moi ", disait-il en riant. Il martelait à qui voulait l'entendre que le pays, malgré les réformes, avait toujours besoin d'une véritable opposition.

"Nous ne devons pas oublier que nous sommes dans l'opposition ", insistait-il, alors que la chef de l'opposition a pris le parti de collaborer avec ses ennemis d'hier.

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