La nounou transsexuelle d'Obama rêve de revoir son "petit Barry"

Turdi s'est occupé du président américain pendant deux ans lorsque l'enfant vivait en Indonésie. Quarante ans plus tard, la nourrice transgenre, qui vit aujourd'hui dans la misère, raconte.

Turdi, la nounou transsexuelle de Barack Obama, le 9 mars 2012, à Jakarta (Indonésie).
Turdi, la nounou transsexuelle de Barack Obama, le 9 mars 2012, à Jakarta (Indonésie). (ADEK BERRY / AFP)

Turdi est né homme mais s'est très vite considéré femme. Ses amis l'ont d'ailleurs toujours appelé "Evie". Pendant deux ans, Turdi a été la "nounou" de Barack Obama lorsqu'il vivait, enfant, avec sa mère, en Indonésie, vient de révéler la presse américaine, qui est allée à sa rencontre. Quarante ans plus tard, Turdi ne rêve que d'une chose : revoir son "petit Barry". Il se souvient d'un garçon bon et tolérant qui se gardait bien de le juger, lui, le transsexuel.

Barack Obama a vécu en Indonésie pendant quatre ans, de 1967 à 1971. Sa mère, Ann Dunham, y avait suivi son nouveau mari indonésien, Lolo Soetoro. Durant les deux dernières années où ils ont vécu là-bas, elle a employé Turdi en tant qu'homme à tout faire, cuisinier et "nounou". Turdi faisait également les courses pour la famille Obama. Et il a aussi cousu les robes de maternité d'Ann quand elle était enceinte de Maya, la demi-sœur de Barack. 

"Comme un membre de la famille"

"Je pense que sa mère savait qui j'étais vraiment. Quand je me coupais les cheveux courts, elle me disait : 'Tu es mieux quand ils tombent jusqu'aux épaules'", raconte Turdi.

Les Obama l'ont "toujours traité comme un membre de la famille", Barack y compris. La nuit tombée, Turdi devenait Evie et quittait la maison cossue des Obama, à Jakarta, habillée en robe et chaussures à talons. "Je me sentais comme libéré de prison quand je m'habillais en femme."

Le petit Barack "savait mais feignait le contraire"

Devant le jeune Barack, Turdi restait un homme : "J'ai toujours gardé une apparence masculine devant Barry. Il était trop jeune pour connaître notre monde." Turdi a cependant du mal à croire qu'il ne s'en soit pas douté, avouant des manières efféminées qui "me trahiss[ai]ent tout de suite". "Je crois qu'il savait mais feignait le contraire."

L'enfant était trop "bon" pour juger, se souvient Turdi : "Il était curieux et voulait toujours tout savoir mais il ne m'a jamais posé de questions et il m'a toujours traité normalement. Barry ne discriminait personne. Il était ami avec tout le monde. C'était un garçon facile, qui riait souvent, plaisantait beaucoup."

Même quand ses camarades de classe insultaient Turdi. "Quand j'allais le chercher à l'école, ses amis se moquaient de moi et criaient 'Banci ! Banci !' ['travelo'], il faisait semblant de rien et me disait : 'Allez, rentrons à la maison.'"

Photo de classe de Barack Obama lorsqu\'il vivait en Indonésie entre 1967 et 1971.
Photo de classe de Barack Obama lorsqu'il vivait en Indonésie entre 1967 et 1971. (AFP)

"Je suis un moins que rien, un domestique"

Après le départ des Obama, Turdi a rejoint les "travailleurs du sexe" des quartiers chauds de Jakarta. Mais les brimades et les agressions incessantes dont il était l'objet dans ce pays musulman lui ont fait remiser ses robes et ses chaussures à talons. A 66 ans, il préfère désormais s'habiller de vêtements masculins, de peur d'être victime d'agressions, comme nombre de ses pairs.

Turdi habite aujourd'hui dans une petite chambre aux murs sans fenêtres, louée dans un bidonville proche des eaux putrides d'un canal. Il survit tout juste en blanchissant le linge du voisinage, dont une cinquantaine d'autres transsexuels.

Si les récentes révélations de la presse l'ont propulsé sur le devant de la scène et si les caméras de télévision, américaines surtout, se pressent désormais dans sa chambre exiguë, Turdi ne se laisse pas éblouir par cette gloire soudaine : "Je suis un moins que rien, seulement un domestique."

"Je n'attends rien de lui"

Turdi sait donc très bien qu'il ne figure pas dans l'emploi du temps chargé du locataire de la Maison Blanche. "Je n'attends rien de lui", lâche Turdi, qui n'a pas vu le président lors de ses déplacements en Indonésie en 2010 et 2011.

"C'est impossible qu'il vienne me voir ici. Et aller en Amérique, ça n'arrive qu'en rêve. Mais j'aimerais vraiment le revoir. Rien de plus. Si le Barry que j'ai connu est le même que le numéro un de l'Amérique, je suis sûr qu'il m'acceptera tel que je suis, transsexuel ou pas."

La Maison Blanche n'a pas voulu faire de commentaire mais les anciens voisins des Obama, à Jakarta, ont confirmé les déclarations de Turdi.