Attentat à Bangkok : "Il n'y a que le temps qui puisse rétablir la confiance des touristes"

Les autorités thaïlandaises s'inquiètent de l'impact de l'explosion sur le tourisme. Interrogé par francetv info, le directeur de l'agence Protourisme détaille les conséquences de l'événement sur ce secteur clé de la Thaïlande.

Des experts procèdent à des relevés autour du lieu où est survenu un attentat meurtrier à Bangkok, le 18 août 2015.
Des experts procèdent à des relevés autour du lieu où est survenu un attentat meurtrier à Bangkok, le 18 août 2015. (ATHIT PERAWONGMETHA / REUTERS)

L'explosion a eu lieu près d'un site très fréquenté. L'attentat survenu en plein centre de Bangkok, lundi 17 août, "visait les étrangers pour porter atteinte au tourisme et à l'économie", a estimé le ministre de la Défense thaïlandais peu après l'explosion, qui a fait au moins 20 morts. L'enjeu est majeur pour le pays : début août, les autorités avaient précisé que 12,4 millions de touristes avaient visité le pays au cours des cinq premiers mois de l'année 2015, une hausse de 25% par rapport à la même période de l'année dernière.

Quelles peuvent être les conséquences de cet attentat sur le tourisme ? Didier Arino, le directeur de l'agence Protourisme, cabinet spécialiste dans le secteur, apporte sur francetv info quelques éléments de réponse.

Francetv info : Un attentat à la voiture piégée à Phuket en avril, une explosion à Bangkok lundi... La Thaïlande est-elle vraiment un pays sûr ?

Didier Arino : Bien sûr que oui ! Ce n'est pas parce qu'il y a eu une explosion – dont on ignore totalement les motivations – qu'il faut dire que le pays est dangereux, et déconseiller aux voyageurs de s'y rendre. Les attentats contre Charlie Hebdo en janvier à Paris n'ont pas empêché les tours opérateurs de vendre des voyages à Paris. La Thaïlande reste l'un des pays les plus sûrs au monde pour les touristes, et les Thaïlandais ont toujours été reconnus pour leur accueil. Si on doit empêcher les gens d'aller dans un pays qui ressemble de près ou de loin à une dictature, il ne restera plus beaucoup de destinations !

C'est d'ailleurs le paradoxe du tourisme : plus vous êtes dans une dictature, moins vous êtes en danger en tant que touriste, car tout est muselé. Il y a moins de risque de rassemblements politiques ou de manifestations.

L'explosion de lundi visait pourtant un site touristique...

Effectivement. Ce qui est grave, c'est le niveau de violences que l'on atteint subitement avec cet attentat. Si l'opposition est à l'origine de l'attaque, c'est très étonnant, car, jusque-là, les attentats avaient lieu dans le sud du pays, et étaient commis par des extrémistes ou des islamistes. Mais, au sein de la capitale, c'est inédit et inquiétant.

Il faudra être vigilant sur les suites de cette explosion. Si les auteurs commettent un deuxième attentat, la confiance des voyageurs va totalement chuter, et cela pourrait devenir grave pour le pays, à l'instar de la Tunisie, après l'attentat du Bardo : les gens ont continué à se rendre dans le pays, mais, avec celui de Sousse début juillet, il faudra beaucoup de temps au pays pour faire revenir les touristes. Ce qui change l'image et donc la fréquentation d'un pays, c'est la multiplication des attentats, leur intensité, et leur médiatisation. Il n'y a que le temps qui puisse rétablir la confiance des touristes.

Quels sont les endroits que vous déconseillez aux voyageurs ?

En général, les agences ne conseillent jamais aux voyageurs de se rendre dans le sud de la Thaïlande, une région qui est en proie à un conflit entre les bouddhistes et les musulmans, les soldats et civils, depuis plusieurs années, mais ce ne sont que des conseils.

S'il y avait un grand risque d'insécurité, on conseillerait plutôt aux touristes d'aller dans les pays voisins que sont le Vietnam, le Laos ou le Cambodge. Mais, en général, les agences de voyages se calquent sur les conseils aux voyageurs du Quai d'Orsay. Et, pour l'instant, le ministère ne les a pas modifiés concernant la Thaïlande.

Comment font les agences de voyages pour contacter les voyageurs sur place ?

Les agences travaillent avec la cellule de crise du Quai d'Orsay, et ont leurs contacts sur place pour les informer. Cela dit, l'été n'est pas la période la plus touristique en Thaïlande pour les Européens, car on est dans la saison de la mousson. Je ne suis pas sûr que les agences aient beaucoup de voyageurs concernés. De plus, Bangkok reste une ville de passage. En général, les touristes ne restent jamais plus de deux ou trois nuits là-bas. Ils s'y arrêtent pour visiter les monuments, puis ils partent ailleurs. Pour l'instant, les agences sont donc dans l'attente. Elles restent vigilantes, et vont s'assurer qu'aucun de leurs voyageurs n'est concerné.