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Mitt Romney, vrai modéré et faux ultra ?

Alors qu'il doit affronter mardi soir Barack Obama lors d'un deuxième débat télévisé, Mitt Romney, qui a dû droitiser ses positions pour draguer les conservateurs, est toujours critiqué pour son inconstance.

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France Télévisions
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Mitt Romney prononce un discours à Port Sainte-Lucie, en Floride (Etats-Unis), le 7 octobre 2012. (JEWEL SAMAD / AFP)

PRESIDENTIELLE AMERICAINE - Remporter la primaire républicaine en durcissant ses positions, c'est fait. Rattraper Barack Obama dans les sondages en modérant ses intentions, c'est fait. Ne pas passer pour une girouette... Dur, dur. Alors qu'il doit affronter mardi 16 octobre le président sortant pour un deuxième débat télévisé - décrypté en direct et en français par FTVi dès 3 heures du matin - que pense vraiment Mitt Romney ? Retour sur les contorsions du candidat républicain. 

Objectif 1 : draguer les conservateurs pour l'investiture

"C'est un véritable exploit pour un modéré du nord-est de gagner la nomination d'un parti qui n'a jamais été aussi à droite", estime Soufian Alsabbagh, spécialiste de la politique intérieure américaine et du Parti républicain. Pour parvenir à ce résultat, Mitt Romney s'est fixé un premier objectif : séduire les conservateurs de son parti. Accusé d'être l'homme du consensus et d'avoir des idées un peu trop à gauche, il a durci son discours. Un candidat "ne peut espérer être choisi s'il ne séduit pas la droite chrétienne évangélique", analyse Denis Lacorne, historien politique des Etats-Unis au Ceri-Sciences Po.

Parmi ces ultraconservateurs à convaincre pour espérer gagner l'investiture, il y a les SuperPAC, des organismes privés qui choisissent de financer tel ou tel autre candidat à coup de millions de dollars. Pour obtenir leurs faveurs, Romney a donc dû se montrer intransigeant notamment sur l'interventionnisme de l'Etat et sur les dépenses publiques. Ça tombe bien : ce sont des thèmes chers aux membres du Tea Party, un mouvement né vers 2008, qui n'étaient pas forcément acquis à la cause du républicain. Le choix de son colistier Paul Ryan, député du Wisconsin, auteur d'un projet de budget très conservateur et opposé à l’avortement même en cas de viol et d'inceste, est une autre preuve de l'impérative nécessité pour Romney de radicaliser son image. Une stratégie qui a porté ses fruits, puisqu'il a remporté la primaire républicaine loin devant le libertarien Ron Paul.

Aujourd'hui, l'ancien gouverneur du Massachusetts, pourtant modéré, sait qu'il doit continuer à travailler son image de "vrai" républicain, car c'est dans "la frange droite du parti républicain que se trouve l'élément abstentionniste le plus fort", note Soufian Alsabbagh. Et l'on sait qu'en 2008, plusieurs Etats abstentionnistes étaient les fameux "swing states"qui votent tantôt républicain, tantôt démocrate, et sont souvent décisifs le jour de l'élection. D'autant que "ce qui peut sauver Romney, c'est la motivation des électeurs républicains à dégager Obama", conclut l'analyste.

Objectif 2 : modérer pour convaincre les indépendants

Mais voilà : après cette première mission accomplie, Mitt Romney doit aujourd’hui rebrousser chemin pour séduire les indépendants, qui représentent "environ 40% de l'électorat américain", et les indécis, qui sont entre 4 et 7%, affirme Soufian Alsabbagh. Ce sont aussi eux qui, dans les swing states, vont faire la différence lors de l'élection du 6 novembre, et "qui doivent être visés lors des débats", souligne le spécialiste.

Pour Denis Lacorne, l'ancien gouverneur a "trop tardé à prendre une position plus modérée". Son discours d'investiture lors de la convention républicaine en août, où il "a pris des positions sociales et politiques très dures", en est la preuve, rappelle-t-il. Il a fallu attendre le premier débat entre Obama et le candidat républicain, le 3 octobre, pour que ce dernier tempère ses intentions et redevienne le Romney naturellement modéré.

Reste que "le conservatisme incarné par Paul Ryan peut faire peur à certains électeurs", explique Soufian Alsabbagh. Le colistier, "choisi parce que Romney avait besoin d'un appui dans le Midwest", explique Denis Lacorne, est devenu embarrassant. Son rôle d'aimant à ultraconservateurs quasi terminé, Romney donne désormais moins de place à son vice-président dans la campagne.

Objectif 3 : ne pas déroger à ses principes ?

Mais de la modération à l'inconstance, il n'y a qu’un pas. Accusé d'adapter son discours à son auditoire lorsqu’il est sur le terrain, Mitt Romney est-il vraiment la "girouette" qu’on décrit ? "On sait que ce n'est pas quelqu'un qui a des principes très forts", affirme Denis Lacorne. Le candidat, qui veut abroger Obamacare, le volet de la réforme de santé de Barack Obama qui permet la création d’une couverture santé universelle, a par exemple mis en place un système similaire dans le Massachusetts lorsqu’il en était le gouverneur.

Accusé d'être le candidat des riches, ce dont il se défend, il s'est retrouvé bien embêté lorsqu'une vidéo filmée en caméra cachée l'a montré déclarant devant un parterre de donateurs que "47%" des Américains étaient des assistés "qui pensent qu'ils sont des victimes, qui pensent que le gouvernement doit s'occuper d'eux, qui pensent qu'ils ont le droit d'avoir accès à une couverture santé, à de la nourriture, à un toit, à tout ce que vous voulez". Sa position sur l'avortement est encore plus emblématique des revirements idéologiques qu'on lui reproche. Pro-choice (favorable au droit à l’avortement) en 2002, il se présente comme pro-life (opposé à l'avortement) en 2005. Alors qu'il y est encore officiellement opposé, sauf "en cas de viol, d'inceste et de danger pour la vie de la mère", il a déclaré mercredi 10 octobre qu'"aucune législation sur l'avortement" ne faisait partie de son programme. Sans doute pour s'assurer le vote des femmes, plus favorables à Obama.

"Mitt Romney est une anguille politique, conclut Denis Lacorne. Il agit par pur pragmatisme ; tout est bon pour se faire élire. Les électeurs vont se poser des questions, mais sa modération plaît aux républicains qui pensent que ça augmente ses chances d'être élu, et il semble ne pas avoir perdu de voix dans son camp."

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