La Caroline du Sud, l'Etat où tous les coups sont permis

Ce bastion républicain, étape décisive dans la course à l'investiture, est le lieu des attaques les plus tordues. Voici trois des plus belles qu'elle a connues.

Le candidat à l\'investiture républicaine Mitt Romney lors d\'un discours à Charleston (Caroline du Sud), le 20 janvier 2012.
Le candidat à l'investiture républicaine Mitt Romney lors d'un discours à Charleston (Caroline du Sud), le 20 janvier 2012. (EMMANUEL DUNAND / AFP)

Quand il s'agit des primaires républicaines, la Caroline du Sud a une réputation à défendre : celle de ne jamais se tromper. Depuis 1980, le candidat choisi par les électeurs de l'Etat a toujours remporté l'investiture du parti pour la présidentielle. L'étape fait souvent office de barrage pour les prétendants les moins solides, déjà fragilisés par l'Iowa et le New Hampshire. Cette année, elle constitue une bonne occasion pour les rivaux de Mitt Romney de lui opposer une vraie résistance. Les plus conservateurs, comme Rick Santorum ou Newt Gingrich, jouent sur leur terrain samedi 21 janvier dans cet Etat traditionaliste du Sud.

Mais pour remporter cette primaire très convoitée, mieux vaut avoir la peau dure. Ce bastion du "Grand Old Party" est aussi connu pour être un terrain politique miné, "un Etat où la politique est aussi dure que le thé est doux", selon une métaphore utilisée par le Washington Post. Les coups bas y sont légion et certaines intrigues sont rentrées dans l'histoire.

• 1980 : le canular de l'équipe Reagan

Après un début de campagne difficile, Ronald Reagan sait qu’il doit gagner en Caroline du Sud pour décrocher l’investiture républicaine. Mais son rival John Connally a une longueur d’avance : il arrive dans l’Etat avec davantage de fonds et le soutien d’un sénateur très respecté. Ronald Reagan fait alors appel à Lee Atwater, un consultant politique particulièrement retors. "Lee m’a fait fuiter une histoire selon laquelle John Connally essayait d’acheter le vote noir", se souvient Lee Bandy, à l’époque journaliste au quotidien local The State, dans un documentaire de PBS (lien en anglais) consacré à Lee AtwaterBoogie Man.

Selon le scénario imaginé par ce dernier, le rival de Reagan aurait versé près de 70 000 dollars (54 000 euros) à des prêtres afro-américains contre leur soutien. Un témoin jure même avoir vu le décompte des billets de banque à l’arrière d’une église. Le canular est grossier, mais efficace : l’équipe de Connally a beau crier à l’imposture, le candidat ne s’en remettra pas. Ronald Reagan remporte la primaire et, quelques mois plus tard, la présidentielle. Il est aujourd'hui encore l’un des chefs d'Etat américains les plus populaires.

• 2000 : l'enfant "illégitime" de John McCain

Dans cet ancien Etat ségrégationniste, la question raciale est sensible. Elle a souvent sa part dans la propagation des rumeurs les plus dévastatrices. John McCain en fait les frais en 2000 : le bruit court que le candidat à l'investiture a eu un enfant illégitime avec une prostituée noire. Une chaîne de mails met en avant Bridget, la fille adoptive de John McCain, originaire du Bangladesh, pour accréditer cette rumeur malveillante.

Même lorsque la vérité est rétablie par John McCain et son équipe, celui-ci doit faire face aux élans racistes réveillés par l'affaire. "Des propos assez infects et blessants ont été tenus pendant [cette primaire] de Caroline du Sud. De nombreuses personnes disaient par téléphone que nous devrions avoir honte d'elle, de la couleur de sa peau. Des milliers d'appels passés à des électeurs disaient : 'Vous savez, les McCain ont un enfant noir'"racontera (lien en anglais) plus tard John McCain au journaliste Morgan Strong. Son rival d'alors, George W. Bush, a toujours nié être à l'origine de la rumeur. Il a remporté la primaire, puis l'élection. John McCain, lui, est devenu un des sénateurs les plus critiques envers le président au début de son mandat.

• 2008 : les fausses cartes de vœux de Mitt Romney

Mitt Romney, favori cette année, ne doit pas garder un très bon souvenir de la Caroline du Sud. Lors de sa candidature à l'investiture de 2008, des habitants de l'Etat reçoivent une mystérieuse carte de vœux (PDF) signée "la famille Romney". En première page et en gros caractères figure un extrait du Livre de Mormon, complété par une citation d'un prophète mormon, Orson Pratt, expliquant : "Nous avons maintenant clairement montré que Dieu le père avait plusieurs femmes." 

La carte comporte la mention "payée par le temple de Boston, Massachusetts", le fief électoral de Mitt Romney. L'indication est surmontée de la photo du temple en question. Trois semaines avant la primaire, la carte appuie sur une faiblesse du candidat : sa foi mormone, regardée avec méfiance dans cet Etat où les évangéliques représentent 60 % de l'électorat républicain. Mitt Romney, bien sûr, dément avec force l'avoir envoyée. Son expéditeur réel reste inconnu. 

Cette année, c'est un autre élément de la biographie de Mitt Romney qui lui est reproché : le comité politique soutenant son rival Newt Gingrich a dépensé 3,4 millions de dollars (2,6 millins d'euros) pour diffuser dans l'Etat King of Bain (lien en anglais), un film de 27 minutes critiquant le passé de businessman de Romney. Quelques jours plus tard, le favori de la course à l'investiture républicaine est obligé de rendre publique sa feuille d'imposition sous la pression générale. Dévoilant que, malgré sa fortune, il paie moins de taxes que l'Américain moyen.

Le lendemain, son rival Newt Gingrich est à son tour sous les feux des médias. La deuxième épouse du candidat conservateur assure que son mari lui a demandé à la fin des années 1990 de former "un couple libre". Car en Caroline du Sud, si tous les coups sont permis, on rend aussi coup pour coup.