Allaitement en public : cachez ce sein...

Une étude, commandée par un fabricant de matériel de puériculture, a exploré le rapport des mères de nourrissons et femmes enceintes à l'allaitement, en interviewant plus de 13.000 femmes venant de neuf pays. Au-delà de cette étude, c'est l'occasion d'un retour sur l'allaitement vécu par les femmes et leur environnement. Certaines idées reçues en prennent un coup et des incohérences émergent.

Musée Hirshhorn (Washington), 12 février 2011. Femmes allaitant leur bébé dans le musée pour protester contre l\'expulsion d\'une mère allaitant au sein par des gardiens du musée.
Musée Hirshhorn (Washington), 12 février 2011. Femmes allaitant leur bébé dans le musée pour protester contre l'expulsion d'une mère allaitant au sein par des gardiens du musée. ( AFP PHOTO/Nicholas KAMM)
Nourrir un bébé au sein a été, depuis la nuit des temps, la seule façon de faire. Puis il a diminué de manière proportionnelle avec l'augmentation du niveau du vie : donner un biberon était un vrai signe de réussite sociale. Mais depuis quelques décennies, force a été de constater qu'un enfant nourri au sein pendant un minimum de temps était bien mieux armé physiologiquement pour affronter la vie. Haro sur le biberon et les récalcitrantes !

Depuis, les mères modernes gèrent l'allaitement au sein comme elles le veulent, comme elles le peuvent.

Au chapitre des incohérences
Ainsi, les Etats-Unis, tout à fait conscients du bienfait et de la nécessité d'allaiter un bébé, avec un minimum de six mois pour une efficacité avérée, lancent des campagnes promouvant l'allaitement maternel. Certaines villes, comme New York ont même développé des politiques volontaristes, impliquant les hôpitaux et autres collectivités au contact des jeunes mamans. La municipalité n'a pas hésité à culpabiliser les parturientes et a même essayé de retirer le lait de substitution des maternités (très brièvement devant le tollé) !

Sauf que voilà, les mêmes Etats-Unis sont très prudes et voient dans l'allaitement en public une forme d'exhibition intolérable. De regards courroucés en réprobation, les femmes allaitant leur enfant se retrouvent bannies, à leur grand dam, de la sphère publique. Afin de ne choquer personne et de ne plus se faire réprimander, beaucoup ne savent littéralement plus à quel saint se vouer, ni où se mettre pour nourrir leur bébé. Sachant que certains Etats ont même légiféré pour interdire cette «pratique» dans les lieux publics. Excédées, elles ont décidé de réagir à leur façon en dénonçant la façon dont elles sont traitées. 

Campagne en faveur de l\'allaitement en public
Campagne en faveur de l'allaitement en public

La gêne surprenante
L'étude montre aussi, et de façon assez inattendue, que des neuf pays consultés, ce sont les Françaises qui hésitent le plus à allaiter en public, estimant que cela pouvait être «gênant». Elles sont 41% à trouver cela embarrassant contre 17% de femmes turques et 18% des américaines malgré les difficultés précédemment citées. L'un des «points bloquants» semble aussi, être l'âge du bébé nourri : plus l'enfant est vieux, moins son allaitement remporte d'adhésion.

Les futures mères, ou celles ayant déjà accouché, se trouvent donc confrontées à une série d'ordres paradoxaux. Dans le même temps, elles doivent se conformer aux recommandations (parfois insistantes) des autorités sanitaires, sous peine d'être dévalorisées et culpabilisées sur le thème de la mauvaise mère, mais ne pas le faire trop ostensiblement parce qu'allaiter en public peut indisposer les personnes alentours.

De même, il faut qu'elles le fassent un certain temps, sinon leur enfant risquerait de perdre les bienfaits à la clé de l'allaitement ! Mais pas trop longtemps non plus, parce qu'un enfant de deux ans encore au sein est déclaré «trop vieux pour ça» par près d'un tiers des femmes interrogées, proportion qui monte à près de 50% pour toutes les femmes de 5 des neuf pays.

Compliqué de s'y retrouver et pas facile de bien faire...