Le Liberia s’attaque à la question sensible de la propriété de la terre

Le Liberia s’attaque à la question sensible et longtemps conflictuelle de la mise en place d’un cadastre national. Le président libérien Georges Weah a promulgué le 19 septembre 2018 une loi sur la propriété des terres attendue depuis des années. La mise en place d’un cadastre des terres privées et communautaires est une question cruciale pour ce pays qui sort de plusieurs décennies de guerre.

Le président du Liberia, George Weah 
Le président du Liberia, George Weah  (Thierry Gouegnon/ Reuters)
 
Dans ce petit pays d’Afrique de l’Ouest, la législation attribue à l'Etat la propriété des terres ne faisant pas l'objet d'un titre privé, soit la majeure partie du pays. Ce droit du sol a favorisé l'octroi de concessions à des sociétés privées, parfois pour plusieurs décennies, sans réelle consultation des populations.

Selon la nouvelle loi, qui a connu un long parcours parlementaire, les communautés locales pourront faire valoir leurs droits en avançant pour preuves des témoignages oraux, des cartes ou encore des contrats signés entre communautés voisines.

Un cadastre national de ces terres communautaires va être établi au cours des deux prochaines années, selon le texte signé par George Weah, au pouvoir au Liberia depuis janvier.

Terres communautaires
Selon la nouvelle législation, seuls 10% des terres d'une communauté pourront être déclarés appartenir au domaine public et donc être l'objet d'une concession à des sociétés privées.

«Avec ce texte, nos parents pourront réclamer ce qui leur revient», s'est réjoui Terence Gibson, responsable d'une communauté du sud-est du pays, interrogé par l'AFP.

La loi autorise également pour la première fois à des ressortissants étrangers, ainsi que des organisations caritatives ou des ONG, de faire l'acquisition de parcelles de terrain, à condition que celles-ci soient utilisées dans le but déclaré lors de l'achat. Dans le cas contraire, elles reviendront à l'ancien propriétaire.

Le texte donne également un pouvoir accru aux communautés locales pour définir les règles d'utilisation des terres à des fins agricoles ou de conservation de la nature. Le Groupe de travail de la société civile sur la réforme du droit de la terre au Liberia a salué un moment historique.
 
La question de la propriété de la terre se pose tout particulièrement au Liberia, pays fondé par des descendants d’esclaves américains. En 1822, le Liberia a été fondé par «la société nationale d’Amérique de colonisation» pour y installer des esclaves noirs libérés. Ce sera le début de tensions entre les Américano-Libériens et la population autochtone.

Une question conflictuelle
La question de la propriété de la terre, historiquement accaparée par l'élite «américano-libérienne», qui domine le pays depuis 170 ans, hante ce pays pauvre depuis des décennies. 

Déclenchée par la rébellion contre Samuel Doe, le premier président issu de la population locale privée de droit de vote jusqu'en 1951, la guerre civile (quelque 250.000 morts entre 1989 et 2003) s'est largement nourrie des conflits sur la terre et les ressources naturelles.

L’exemple libérien va être scruté de près par nombre de pays africains. La mise en place d’actes de propriétés et d’un cadastre national est une question qui se pose un peu partout en Afrique. Une question, fortement conflictuelle, mais cruciale pour le développement économique de ces pays.

«Peu de défis du développement en Afrique sont aussi urgents et controversés que la propriété foncière et l’écart persistant dans ce domaine entre les communautés riches et pauvres»affirme l’économiste guinéen Makhtar Diop.

Selon les économistes de la Banque mondiale, la possession du sol et les modalités de la propriété constituent les bases du développement économique d'un pays.