Coronavirus : quand des voix africaines se joignent à celle de Washington pour demander des comptes à la Chine

Accusée de toutes parts d'être à l'origine de la pandémie du coronavirus qui s'est propagée à travers le monde, la Chine refuse toute idée de donner suite à une enquête internationale.

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France Télévisions Rédaction Afrique
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Des hommes d'une unité spéciale équipés de combinaisons de protection en exercice de démonstration de l'évacuation d'un malade du Covid-19 à Prétoria, en Afrique du Sud, le 4 mai 2020. (PHILL MAGAKOE / AFP)

Les premières accusations sont parties des Etats-Unis, lorsque Washington a pointé du doigt "la responsabilité de la Chine" dans l'épidémie de coronavirus qui s'est déclarée dans la ville de Wuhan. L'Etat du Missouri a formellement porté plainte contre Pékin, accusé "d'avoir dissimulé la gravité de l'épidémie" et causé "des dommages" économiques et humains irréparables dans cet Etat américain et dans le monde. Des accusations portées régulièrement par le chef de la diplomatie américaine Mike Pompéo. Il a affirmé à plusieurs reprises disposer de nombreuses preuves montrant que le virus provenait d'un laboratoire chinois. 

Ils savaient. La Chine aurait pu empêcher la mort de centaines de milliers de personnes à travers le monde

Mike Pompéo, Secrétaire d'Etat américain

Conférence de presse au département d'Etat le 7 mai 2020

Des propos qualifiés de "déments" par la télévision chinoise, mais qui suscitent un intérêt évident au-delà des Etats-Unis et notamment en Afrique. Là-bas aussi, des voix s'élèvent désormais pour demander des comptes aux autorités chinoises. La dernière plainte enregistrée contre Pékin sur le continent n'émane pas d'un Etat. Elle a été déposée par une coalition d'avocats devant la Haute cour fédérale de justice du Nigeria. Les plaignant réclament à la Chine quelque 200 milliards de dollars de dommage pour "la perte de vies humaines, l'étranglement économique et les traumatismes" causés par cette pandémie aux populations du Nigeria.

Les avocats nigérians, conduits par le professeur Epiphany Azinge du cabinet Azinge&Azinge, poussent les autorités de leur pays à prendre le relais pour porter l'affaire devant la Cour internationale de justice de La Haye. La plainte ne précise pas si cette procédure, entamée le 27 avril, a un quelconque rapport avec les attaques racistes dont de nombreux Nigérians et d'autres Africains ont fait l'objet pendant la crise sanitaire en Chine.

Dès le mois d'avril, avant la plainte déposée par cette coalition d'avocats, l'ancienne ministre de l'Education du Nigeria, Oby Ezekwesili qui se présente aujourd'hui comme une activiste, avait suggéré que la Chine dédommage l'Afrique pour les torts causés par la pandémie du coronavirus.

La pandémie du Covid-19 a gravement compromis les perspectives de développement de l'Afrique et aggravé la situation de ses populations pauvres et vulnérables

Oby Ezekwesili, activiste et ancienne ministre de l'Education du Nigeria

Dans une tribune publiée par le Washington Post

Elle suggère notamment aux autorités de Pékin d'annoncer une annulation complète et immédiate de plus de 140 milliards de dollars de prêts accordés aux pays africains entre 2000 et 2017.

La démarche de madame Oby Ezekwesili est venue s'ajouter à celle de l'avocat égyptien, Mohamed Talaat. Lui aussi demande au président chinois d'indemniser son pays, à hauteur de 10 000 milliards de dollars pour les dommages causés par la pandémie du coronavirus. Ses accusations se basent sur les commentaires du président américain Donald Trump, qui a déclaré que "le virus avait été fabriqué en Chine". Dans sa demande, relayée par les réseaux sociaux, il exhorte le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi à se saisir de l'affaire et à former un comité d'experts en droit international chargé de se pencher sur la question.

Ces plaintes qui s'accumulent contre Pékin ne semblent pas ébranler outre mesure les dirigeants chinois. Ils ont signifié une fin de non-recevoir aux offres "d'assistance technique" de Washington, qui insiste pour que soit déterminée avec certitude l'origine de la pandémie. Et pas question pour Pékin de valider l'idée d'une enquête internationale.

Des poursuites judiciaires difficiles à mener

Pour ses détracteurs, "le gouvernement chinois a menti au monde entier à propos du danger et de la nature contagieuse du Covid-19 et n'a rien fait pour stopper sa propagation". Les procédures judiciaires engagées contre Pékin ont-elles la moindre chance d'aboutir ? Pas du tout, explique une spécialiste en droit international.

Un Etat ne peut pas être poursuivi devant les tribunaux d'un autre Etat. D'ailleurs, ce principe contraint les Etats à notifier à l'OMS en cas d'urgence sanitaire internationale

Raphaëlle Nollez-Goldbach, chercheuse au CNRS

Les Echos du 30 avril 2020

Sa collègue, Catherine Le Bris-Hervé, également chercheuse en relations internationales au CNRS précise au journal Les Echos que la poursuite de la Chine devant les tribunaux d'un autre Etat reviendrait à porter atteinte à sa souveraineté. Les juridictions américaines ou nigérianes ne peuvent donc en aucun cas condamner la Chine dans une telle procédure, tranchent les deux spécialistes du droit international.

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