RDC : dix ans après son heure de gloire, le groupe Staff Benda Bilili rêve de revenir sur le devant de la scène et de solder ses comptes

Au début des années 2010, ces musiciens congolais en fauteuils roulants ont enflammé les salles de concert. Aujourd'hui, la gloire dissipée, ils réclament le fruit de leur succès. 

Trois albums, des centaines de concerts et un film, Benda Bilili !, ont fait connaître au monde entier en 2010 ces musiciens congolais handicapés venus de la rue.

Aujourd'hui, alors qu'ils bataillent pour récupérer leur part des recettes tirées du film qui les a rendus célèbres, les membres du groupe, après s'être séparés, puis reformés, rêvent d'une nouvelle carrière. 

Huit photos illustrent ce propos.

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A la fin des années 2000, les Français Florent de La Tullaye et Renaud Barret souhaitent réaliser un documentaire sur la musique urbaine en République démocratique du Congo. Ils rencontrent alors un orchestre originaire de Kinshasa, Staff Benda Bilili, dont les musiciens, tous victimes de la poliomyélite, sont handicapés. Pauvres, vivant dans la rue, ils circulent en fauteuil roulant et donnent leurs concerts dans les jardins publics. Mais en 2009, la sortie de leur album "Très très fort" rencontre immédiatement un véritable succès dans les médias internationaux.        ARSENE MPIANA / AFP
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Tombés littéralement sous le charme de leur musique au style unique, mélange de rumba, mambo, salsa, rythm and blues et reggae, les deux réalisateurs décident de leur consacrer un long-métrage. Le film "Benda Bilili !" présenté au Festival de Cannes, sorti sur les écrans en 2010, rencontre un vif succès. Le groupe va connaître la célébrité et effectuer en trois ans plus de 300 concerts à travers le monde. En 2012, le groupe sort alors son second album "Bouger le monde". Mais après des mois de conflits internes, leur tournée est annulée et en 2013, le groupe se sépare.        KARL-JOSEF HILDENBRAND / DPA / AFP
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Roger, un ancien gamin des rues a été repéré par Léon "Ricky" Likabu, le leader du groupe, alors qu’il jouait du satonge, un instrument de musique bricolé avec une boîte de conserve, une corde et un bout de bois. Ayant rejoint le SBB dès ses débuts, il veut croire en une nouvelle vie pour le groupe et raconte à propos de cette époque : "On n'était pas vraiment séparés, il y avait un peu de mésentente."      ARSENE MPIANA / AFP
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Théo "Coude" Nzonza Nsituvuidi, un autre musicien, raconte à l’AFP comment en 2017 sur le conseil du responsable d'une ONG humanitaire à Kinshasa, (Olivier Chazy de l’association Karibu, NDLR), ils se sont "réunifiés". Il nous "a rassemblés, et fait jouer ensemble". En 2019, un nouveau manageur est alors désigné et le disque "Effacer le tableau" est produit. Il entend tirer un trait sur le passé. Mais l’album rencontre peu d'écho et le succès n’est plus au rendez-vous. ARSENE MPIANA / AFP
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Aujourd’hui, Live Mindanda, chargé de relations publiques du groupe, précise : "Nous voudrions faire un nouveau documentaire", pour pouvoir dire au monde que "Staff Benda Bilili est de retour". Et chaque jeudi, les musiciens se retrouvent à Ndjili, un quartier populaire de Kinshasa pour créer de nouvelles chansons, répéter, et se rôder.      ARSENE MPIANA / AFP
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Mais le groupe entend aussi batailler pour récupérer sa part des recettes tirées du film qui les a rendus célèbres. Depuis tout ce temps, ils n'ont rien perçu des diffusions et des entrées en salle, déclarent les musiciens. "Ils font la mendicité, alors qu'ils ont des droits qui peuvent changer leur vie", s'indigne Live Mindanda. L'argent des tournées et des disques a fondu, la vie est redevenue difficile pour tout le monde.    ARSENE MPIANA / AFP
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Si Roger, Ricky et les autres jurent n'être en guerre contre personne, tous ne sont pas d'accord sur la procédure à suivre pour récupérer leur argent. "La musique est une chose, mais les droits en sont une autre", estime Théo. Leur avocate chargée de porter leur dossier en justice déclare : "Nous allons assigner les producteurs devant le tribunal de commerce de Paris et demander des dommages et intérêts".      ARSENE MPIANA / AFP
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Renaud Barret (à gauche, à la sortie du film en 2010), l’un des réalisateurs et producteurs visés, explique pour sa part n'avoir perçu son dû (environ 25 000 euros) que très tard, après dix ans de conflit entre distributeurs. Les membres de SBB qui devaient recevoir 10% des recettes souhaitent aujourd’hui toucher leur argent. "On va leur faire leur chèque, bien sûr", assure le réalisateur français, auteur de plusieurs autres documentaires sur Kinshasa. Si sa rencontre avec le groupe a été exceptionnelle, maintenant cette histoire-là est finie. Renaud ne voit plus Ricky. Et le groupe se cherche une nouvelle vie.          MELANIE FREY/JDD/SIPA