Réhabilitation du lac Tchad : le coup de gueule du président Déby à la COP21

Géopolis vous emmène, tout au long de la COP21, dans les pas de Seyni Nafo, le porte-parole de l'Afrique durant les négociations. Son agenda du mardi 1er décembre l'a conduit au sommet organisé par le président François Hollande et réunissant ses homologues africains, dont le Tchadien Idriss Déby qui n'a pas mâché ses mots quant au drame environnemental que connaît le bassin du lac Tchad.

Le président tchadien Idriss Déby fait un discours à l\'ouverture de la Conférence sur le Climat au Bourget, le 30 novembre 2015.
Le président tchadien Idriss Déby fait un discours à l'ouverture de la Conférence sur le Climat au Bourget, le 30 novembre 2015. ( PHOTO AFP / JACQUES DEMARTHON)

Seyni Nafo, le porte-parole des pays Africains à la conférence climat de Paris, n'a pas raté la rencontre entre les chefs d'Etats africains et leur homologue français François Hollande en marge de la COP21. Il a donc assisté, à l'instar de toute l'audience, au coup de gueule du président tchadien Idriss Déby quant à l'attentisme de la communauté internationale face à la «catastrophe» humanitaire et écologique que connaît le bassin du lac Tchad.

«La question du lac Tchad est ancienne. A toutes les rencontres sur le climat depuis 20 ans, ce dossier a été évoqué (…) depuis Copenhague, Rio et aujourd'hui Paris. Je ne suis pas sûr que jusqu'à aujourd'hui, nous ayons trouvé des oreilles attentives, tout au moins des actions concrètes.» Un avis que partage bien évidemment le porte-parole des pays africains. «Je suis tout aussi en colère que mon président parce qu'il a raison : combien de COP n'ont pas abordé la question du lac Tchad…» Le cours d'eau, que partagent le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigeria (pays à l'origine de la création de la Commission du bassin du lac Tchad), occupait une surface de 25.000 km² dans les années 60. Aujourd'hui, il a perdu 90% de sa surface au détriment de ses riverains dont il est le principal moyen de subsistance. 

Idriss Déby a tenu à rappeler que la solution pour sauver le lac Tchad était connue et que les Africains avaient un projet qui ne trouve pas de financement : le transfert des eaux du fleuve Oubangui vers le lac Tchad. Le coût est estimé à quelque 3.980 milliards de FCFA, soit 6,4 milliards de dollars américains. 

«Le bassin du Congo sera envahi par les Sahéliens»
«Si on a peur des chiffres aujourd'hui», a poursuivi le président tchadien qui prédit une autre catastrophe si rien n'est fait, «le bassin du fleuve Congo, qui est l'un des poumons de l'humanité, va être envahi par les Sahéliens» qui y chercheront refuge si leur milieu naturel est détruit.«La communauté internationale ne doit pas avoir peur des chiffres.»

Voir la vidéo

Par ailleurs, les présidents de la région du lac Tchad n'ont pas manqué de faire le lien entre la pauvreté et l'expansion de Boko Haram dans la région. «Cinquante millions de personnes sont menacées et exposées aux terroristes», a affirmé le président nigérien, Mahamadou Issoufou. La pauvreté rend vulnérables les habitants de la région où le groupe terroriste s'offre de nouvelles recrues. Idriss Déby a ainsi demandé l'appui de la France pour «qu'on sorte des annonces» et «qu'on agisse directement» afin que les populations, pour leur survie, ne continuent pas à détériorer le précaire équilibre écologique du lac Tchad. 

Comme les différents chefs d'Etats, qui ont plaidé pour la réhabilitation du lac Tchad, le président camerounais Paul Biya a souligné que «le grand problème», c'était le financement. il en est de même à l'échelle du continent quand il s'agit de juguler les effets du réchauffement climatique. «Les projets ne manquent pas mais ce sont les financements», a également admis le président français qui a annoncé, à la fin de ce mini-sommet avec ses homologues africains destiné à soutenir les différentes initiatives du continent, que son pays allait contribuer à hauteur de 2 milliards d'euros au développement des énergies renouvelables en Afrique. De même, «en matière de lutte contre la désertification et d’adaptation au changement climatique», la France compte tripler «progressivement ses engagements bilatéraux en Afrique, pour atteindre 1 milliard d’euros par an en 2020»