Le Maroc se fâche contre la Suède, Ikéa en fait les frais

Le Maroc est en colère contre Stockholm. La Suède, selon Rabat, serait en passe de reconnaître la République sahraouie autoproclamée par le Front Polisario. La Suède a beau démentir, rien n’y fait. Dimanche 4 octobre, un rassemblement s’est déroulé sous les fenêtres de son ambassade à Rabat. Le royaume parle désormais de boycotter tous les produits suédois.

Magasin Ikéa de Casablanca au Maroc.
Magasin Ikéa de Casablanca au Maroc. (AFP)

Le Sahara occidental se réinvite dans l’actualité. Cette ancienne possession espagnole au sud du Maroc, est sous contrôle du royaume chérifien depuis 1975. Or, les indépendantistes du Front Polisario, soutenus par Alger, réclament un référendum d’autodétermination. Quarante ans d’impasse.
 
Dimanche 4 octobre, des milliers de personnes selon le site Telquel, ont manifesté devant l’ambassade de Suède pour dénoncer la politique suédoise et en appelant au respect de l’intégrité territoriale du Maroc. «Le Sahara est marocain» scandaient les manifestants. D’autres appelaient au boycott des produits suédois. Un appel repris par le porte-parole du gouvernement marocain, Mustapha El Khalfi, pour qui le pays scandinave «soutient financièrement des organisations hostiles au Maroc».
 
Que reproche Rabat à la Suède ?
Une proposition de loi déposée en septembre 2015 par le parti suédois social-démocrate des travailleurs a mis le feu aux poudres. Selon Rabat, elle vise à reconnaître la république sahraouie, un casus belli pour le Maroc. D’autre part, Rabat accuse les Suédois de refuser les produits venus du Sahara occidental.
 
Marche contre la Suède à Casablanca
Marche contre la Suède à Casablanca (Jalal Morchidi / ANADOLU AGENCY)

L’ambassade de Suède au Maroc a adressé un communiqué à la presse. Elle nie tout boycott et donne un éclairage très diplomatique quant à sa position sur le dossier sahraoui. «Le gouvernement suédois procède actuellement à une analyse interne de la politique de la Suède sur le Sahara occidental, à la lumière de l’intérêt porté pour cette question au sein de la société suédoise» et précise que «la Suède n’a pas reconnu le Sahara occidental comme un Etat.» Un démenti réaffirmé en Suède par Margot Wallström, la ministre des Affaires étrangères, pour qui cette reconnaissance n’est simplement pas à l’ordre du jour.
 
Ikéa victime de la fâcherie ?
L’enseigne devait ouvrir son premier magasin le 29 septembre à Casablanca. Au dernier moment (la veille), l’inauguration est repoussée. Officiellement, il manque des papiers administratifs, notamment un certificat de conformité. Une thèse partagée par les deux camps, mais pour les média locaux, il s’agit bien d’une manœuvre de rétorsion de la part du gouvernement marocain.

En tout cas, le boycott s’affiche désormais officiellement dans les débats. Les pancartes des manifestants du 4 octobre devant l’ambassade donnaient la liste des victimes potentielles : Scania, H&M, Volvo, etc. Comme le dit le ministre Mustapha El Khalfi : «La Suède a plus à y perdre» que le Maroc…