Le "dipôle de l’océan Indien", le phénomène El Niño de l’Afrique

C'est un phénomène que l’on commence sérieusement à étudier. Il est responsable d’instabilité météorologique sur toute la côte Est du continent africain.

Un enfant marche dans la boue après les inondations provoquées par la rivière Muruny, le 24 novembre 2019.
Un enfant marche dans la boue après les inondations provoquées par la rivière Muruny, le 24 novembre 2019. (STRINGER / AFP)

En 2019, le "dipôle de l’océan Indien" serait à l’origine de fortes pluies dans l’est de l’Afrique, qui ont entraîné inondations et glissements de terrain. Plus de 250 personnes y ont trouvé la mort et trois millions d’habitants ont été impactés. Le Kenya dénombre à lui seul plus de la moitié des morts.

Le phénomène du "dipôle de l’océan Indien" n’est étudié que depuis quelques années. Il se compose, comme son nom l’indique, de deux pôles : l’un au niveau de l’Indonésie (pôle Est), l’autre dans l’océan Indien occidental (pôle Ouest). C’est un phénomène d’interaction entre l'océan et l’atmosphère. Equivalent d’El Niño dans l’océan Pacifique, il peut provoquer une hausse des températures de l’océan de deux degrés.

Des pirogues évacuent les habitants dans la région de Kisumu, au Kenya, le 3 décembre 2019. Au moins 210 familles ont été déplacées.
Des pirogues évacuent les habitants dans la région de Kisumu, au Kenya, le 3 décembre 2019. Au moins 210 familles ont été déplacées. (CASMIR ODUOR / AFP)

Le dipôle peut être positif, neutre ou négatif. Une phase positive se caractérise par des températures de surface de la mer supérieures à la moyenne dans l’ouest de l’océan Indien. Cela conduit à une augmentation de l’évaporation marine sur les côtes Est de l’Afrique, et donc à plus de précipitations dans l’intérieur. Parallèlement, une sécheresse sévère s’installe en Australie.

Inondations à répétition

Le 3 décembre 2019, des glissements de terrain ont eu lieu dans l’est de l’Ouganda, dans le district de Bududa. Ils se sont produits après des heures de pluies intenses. Ils ont provoqué la mort d’une trentaine de personnes. Les rivières ont bien sûr gonflé et emporté plusieurs ponts, paralysant les déplacements dans le district. Le Nil blanc a également réagi et est sorti de son lit. Désormais, la région nord-ouest est isolée du reste du pays. Les routes sont impraticables, jonchées de gros débris, seuls l’avion et le bateau permettent de rejoindre la rive gauche du fleuve.

Au Soudan du Sud, près d’un million de personnes sont concernées dans les régions du haut Nil. Des centaines de foyers ont été inondés.
D’octobre à mi-novembre, les pluies ont été trois fois supérieures à la moyenne dans toute la corne de l’Afrique, en particulier au Kenya, en Somalie et en Ethiopie.

La corne de l'Afrique sous les eaux

Ces pays connaissent deux saisons des pluies, liées au déplacement de la zone intertropicale de convergence (ZCIT) au Nord en été, puis vers le Sud en hiver. "L’activité de la ZCIT n'est en réalité ni continue, ni régulière, que ce soit en étendue ou en intensité", explique météo-France.

Si, lors de la saison des pluies d’octobre à décembre, les précipitations sont traditionnellement fortes dans la région, l’année 2019 a été particulièrement pluvieuse. Ces pluies excessives sont potentiellement liés au réchauffement climatique, mais pas seulement. Car cette année, la différence de températures entre l’ouest et l’est de l’océan Indien a battu des records. Le dipôle a commencé à être positif en juin et a atteint +2,15 degrés dès fin juillet. Et les cieux se sont déchaînés...