Egypte : pilleurs de trésors archéologiques à l'œuvre

La crise en Egypte facilite l’action des pilleurs de trésors archéologique, qui causeraient de très importants dégâts dans tout le pays. A tel point que l’UNESCO s’en alarme. Etat des lieux.

Un membre des forces spéciales égyptiennes dans le musée du Caire le 10-2-2011, après un début de pillage à la fin de janvier 2011.
Un membre des forces spéciales égyptiennes dans le musée du Caire le 10-2-2011, après un début de pillage à la fin de janvier 2011. (Reuters - Steve Crisp)
Les 28 et 29 janvier 2011, avant même le renversement de l’ancien président Hosni Moubarak (11-2-2013), le fameux musée archéologique du Caire avait été pillé. Plusieurs dizaines d’objets auraient alors disparu, notamment des statuettes de Toutakhamon et une autre de Néfertiti. Selon un guide de l’établissement cité par La Libre Belgique, il s’agirait d’«un vol de spécialistes». Mais certains objets auraient été dérobés «par des employés complices»

Des objets dérobés au musée du Caire
NationalGeographic (en anglais), 14-2-2011
 
Le musée avait alors été placé sous la protection de l’armée. Mais dans la tourmente révolutionnaire, d’autres sites et établissements muséographiques ont fait l’objet de pillages, apparemment sur tout le territoire égyptien. Dès mars 2011, l’UNESCO s’inquiétait de nombreux saccages. «Les pillards vont dans des endroits reculés, comme les sites sauvages des pyramides de Dahshur, Abousir et Saqquara (au sud du Caire), ou encore dans le Sinaï et dans les oasis, où il n’y a personne», signalait une responsable du musée du Louvre.   
 
Depuis deux ans et demi, les pillages n’ont pas cessé. Le 17 août 2013, le journal britannique Daily Mail signalait ainsi celui, intervenu trois jours plus tôt, du musée Malaoui à Minia, au sud du Caire. «Les dégâts causés par les pilleurs sont catastrophiques. La plupart des objets ont été volés, détruits ou incendiés», rapporte l’UNESCO dans un communiqué. De fait, les photos présentées sur le site du Daily Mail sont éloquentes… «Environ mille objets cultuels, datant du début de l’histoire égyptienne à l’époque islamique, ont disparu», précise l’organisation internationale. Parmi eux : des pièces de monnaie, des statues, des bijoux. Selon le ministère égyptien des Antiquités, ces pièces sont «enregistrées au niveau international (…) et ne peuvent donc pas être vendues».
 
Des actions visibles sur des photos satellites
Dans le même temps, les pillages de sites ont continué. Par exemple dans les tombes antiques proches des pyramides de Dahchour, vieilles de 4500 ans et inscrites au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Les souterrains des lieux «n’ont pas encore été explorés par les archéologues, ce qui en fait la cible privilégiée» des malfaiteurs.

Les pyramides de Gizeh, non loin du Caire (13-8-2012).
Les pyramides de Gizeh, non loin du Caire (13-8-2012). (AFP - Photononstop - Tibor Bognar)

«Quand la nuit tombe», ceux-ci «utilisent même des bulldozers. Ils creusent des trous tellement énormes que vous pouvez voir où ils ont travaillé si vous regardez des images satellites. Il y a bien des gardiens, mais ils ne sont pas assez nombreux pour défendre le site. Ils ont des pistolets 9 millimètres et les pilleurs ont des mitrailleuses», témoigne une archéologue cité par le site de France 24.

Selon la même source, les pilleurs seraient souvent des habitants de la région qui «ont perdu leur travail et espèrent dénicher un trésor en creusant». Ils vendent ensuite leur butin «à des mafias organisées qui envoient les objets à l’étranger». «Ces gens ne comprennent pas la valeur de ces objets, ils ne savent même pas à quelle dynastie ils appartiennent, ce ne sont pas des gens cultivés. Ils ne voient pas les pyramides comme un héritage, même s’ils sont Égyptiens. Ils voient ça comme une propriété du gouvernement et ils pensent que ce qu’ils font ne pose pas de problème», affirme un habitant cité par France 24.
 
Apparemment, les sites archéologiques majeurs seraient protégés par l’armée, notamment les pyramides de Gizeh, Louxor et la Vallée des rois. Dans certains cas, la population locale organiserait elle-même la protection des sites, comme par exemple à San el-Hagar (delta du Nil), lieu de sépulture des XXIe et XXIIe dynasties pharaoniques. A Dahchtour, des archéologues et des riverains de sites archéologiques ont manifesté en avril 2013 pour dénoncer le pillage des tombeaux. Objectif : «attirer l’attention du gouvernement, car selon eux la situation est totalement hors de contrôle depuis la révolution», rapporte France 24. L’UNESCO, qui dénonce des «dommages irréversibles pour l’histoire et l’identité du peuple égyptien», n’a sans doute pas fini de s’inquiéter… 

Le pillage archéologique s'étend
Telesur (télévision vénézuélienne, en espagnol, sous-titré en anglais), 9-4-2013.