Les comédiennes africaines ont désormais leur association après une assemblée historique en Côte d'Ivoire

Une assemblée générale inédite des actrices du continent s'est tenue à l'initiative de la comédienne ivoirienne Naky Sy Savané, dans le cadre du Festival international du film des lacs et des lagunes, dont elle est la fondatrice. Entretien.  

De gauche à droite, en haut, les comédiennes Thérèse Mbissine Diop, Touria Jabrane, Aï Keïta et, en bas, Félicité Wouassi et Naky Sy Savané. 
De gauche à droite, en haut, les comédiennes Thérèse Mbissine Diop, Touria Jabrane, Aï Keïta et, en bas, Félicité Wouassi et Naky Sy Savané.  (FRANCEINFO/AFP/ANADOLU AGENCY/ROMAN BONNEFOY)

Inspirée par les pionnières, Naky Sy Savané s'est lancé le défi de réunir les comédiennes africaines pour une rencontre historique. Ce rassemblement s'est tenu dans le cadre du Festival international du film des lacs et des lagunes (Festilag, 12 au 16 novembre 2019) qu'elle a créé et qui en est à sa huitième édition. L'actrice ivoirienne, reconnue à l'échelle du continent, a toujours eu à cœur d'allier cinéma et féminisme. Son festival, né dans le but de faire la promotion du cinéma ivoirien après une décennie de guerre civile, est aussi le lieu de la défense des droits des femmes depuis quelques années en Côte d'Ivoire. Entretien avec une comédienne qui a réussi son pari.   

Franceinfo Afrique : vous avez tenu le 12 novembre 2019, la première assemblée générale des comédiennes africaines pendant le Festilag. Pourquoi une telle rencontre vous paraissait-elle nécessaire ?  

Naky Sy Savané : dès mes premiers Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), j'ai rencontré des femmes comme Zalika Souley (actrice nigérienne à qui sa compatriote Rahmatou Keïta a consacré un documentaire Al'Lèèssi, une actrice africaine) et Aï Keïta (actrice originaire du Burkina Faso qui incarne l'héroïne de Sarraounia, le film du Mauritanien Med Hondo adapté du livre du Nigérien Abdoulaye Mamani, Sarraounia : le drame de la reine magicienne). Le film de cette dernière a remporté l’Etalon d'or du Yennenga en 1987. Le réalisateur a soulevé le trophée et sa comédienne, évidemment heureuse, en avait fait de même. J’ai constaté après coup qu’elle avait été stigmatisée suite à son geste. En tant que comédienne, on a le droit de porter l’Etalon qui récompense une œuvre à laquelle on a participé. Un film est le produit d'un ensemble – réalisateurs, comédiens et techniciens dans lequel chacun joue sa partition.

J’ai constaté que ces pionnières avaient essayé de s’organiser, mais elles n’y sont pas arrivées. A l’instar de Zalika Souley, elles nous ont néanmoins transmis cette ambition et ce combat. Ce n’est pas facile de rassembler. Par exemple, les billets d’avion pour se déplacer à l'intérieur de l’Afrique sont chers. C’est leur rêve qu’on a essayé de réaliser, mais on ne pouvait pas le faire sans elles. Il fallait que ces pionnières soient là pour nous donner leur bénédiction. 

Cette assemblée et cette 8e édition du Festilag ont été l'occasion de rendre hommage aux actrices pionnières du cinéma africain, à savoir la Sénégalaise Thérèse Mbissine Diop, la Burkinabè Aï Keïta, la Marocaine Touria Jabrane, la Malienne Fatoumata Coulibaly, la Nigérienne Zalika Souley, la Tunisienne Hélène Catzaras, la Camerounaise Félicité Wouassi ou encore l'Ivoirienne Anne Kacou Diop. Comment cette séquence a été vécue par vous toutes ? 

Nous étions toutes très émues. Nous avons fait l'assemblée et nous sommes allées le lendemain lire une déclaration (le 13 novembre 2019), baptisée Déclaration de Grand-Bassam (ancienne capitale de la Côte d'Ivoire pendant la période coloniale, NDLR), sur le Pont de la victoire avec les associations féministes qui nous ont accompagnées. Ce pont est celui sur lequel, à l'époque de la colonisation en 1949, les femmes ont affronté les colons pour aller libérer leurs maris. Nous avons ainsi demandé la bénédiction de toutes ces amazones. 

Les actrices africaines sont-elles aussi des amazones ? Pourquoi ?

Le métier de comédienne en Afrique est difficile. L'actrice est mal vue et toujours jugée. On croit même que ce n'est pas un métier noble, en comparaison d'autres. 

Comment expliquez-vous que vous ayez pu organiser finalement cette assemblée ?

J'ai dit aux amies que je nous n'avions pas les moyens de prendre en charge des billets d'avion dans le cadre du Festilag, tout en insistant sur le fait qu'il fallait que nous fassions quelque chose, parce que ce qui était prévu nous concernait toutes au premier chef. Le message a été entendu et elles ont compris qu'elles ne pouvaient plus attendre que des moyens soient mis à leur disposition par les autres pour qu'elles s'organisent. Certaines ont pris le bus, d'autres ont pris le train. Comme des amazones, elles sont venues de partout. Nous étions autour d'une centaine, originaires d'une vingtaine de pays sur le continent. 

Le mouvement #MeToo a démarré aux Etats-Unis et s'est propagé un peu partout dans le monde. Il y a eu également toutes ces revendications salariales, toujours aux Etats-Unis. Cette revendication des femmes dans le cinéma est un mouvement de fond. A-t-il gagné le continent africain ou ce n'est qu'une simple coïncidence, qui fait que les aspirations des comédiennes africaines prennent corps aujourd'hui ?  

Les Africaines n'ont attendu personne pour se battre. La preuve, nous avons lu la Déclaration de Grand-Bassam. Nos pionnières se battaient déjà. Partout dans le monde, les femmes ont des soucis qu'elles soient jaunes, rouges ou blanches. Nous avons toutes les mêmes problèmes ! C'est là que nos combats se rejoignent. Avec l'évolution des moyens de communication, nos voix deviennent plus audibles.

Cette assemblée générale a donné lieu à une association. Quelle est sa raison d'être et ses missions ? 

Le but de l'Association des comédiennes africaines de l'image est d'organiser notre profession afin que nous ne soyons plus des laissées pour compte et que nous ne soyons plus fragilisées.