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Boris Van Gils: «L'Afrique manque de producteurs de cinéma»

«Viva Riva!» de Djo Tunda Wa Munga est un film policier qui se déroule en République Démocratique du Congo. L'oeuvre congolaise, sortie en 2010, atteste que le continent peut produire localement des fictions susceptibles de plaire aux cinéphiles du monde entier. Boris Van Gils, le Belgo-congolais qui l'a produite, exerce un métier difficile sur le continent. Mais si nécessaire au cinéma africain.
Article rédigé par
France Télévisions Rédaction Afrique
Publié Mis à jour
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Le producteur belgo-congolais Boris Van Gils (Jacques Kouao)

«Au fond, ce qui manque en Afrique, ce sont des producteurs», dixit Boris Van Gils. Le Belgo-Congolais s’attelle donc à la tâche depuis plusieurs années. Longtemps premier assistant-réalisateur, il créé sa première structure de production en France en 1995.

Comme c'est souvent le cas pour les producteurs, le nom de Boris Van Gils est évidemment moins connu que le film africain qui, d’une certaine manière, l’a révélé sur le continent : Viva Riva! de Djo Tunda Wa Munga. Le long métrage a été projeté au Festival de Douarnenez où les cinémas congolais (Congo et République Démocratique du Congo) sont à l'honneur pour l'édition 2018. Le film -  les tribulations de Riva, jeune Congolais qui a voulu s'enrichir trop vite -  débarque sur les écrans en 2010. Le thriller haletant «made in» RDC fait sensation en Afrique et ailleurs dans le monde. 


Un film congolais prisé à l'international
«Nous l’avons vendu dans plus de 35 pays. Le film a eu une vie incroyable aussi bien en Occident - avec des sorties salles en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne, au Danemark... - qu'en Afrique. Il a bénéficié d’une vraie distribution sur le continent. Viva Riva! est sorti en salles dans une douzaine de pays africains (notamment dans les pays anglophones qui disposent encore de salles de cinéma, NDLR). Nous en étions particulièrement fiers parce que nous avions tenu, avec l’un des coproducteurs du film en Afrique du Sud - Steven Markovitz –, à nous occuper nous-mêmes du marché africain. Nous avions un vendeur international mais nous pensions qu’il n’aurait pas l’expertise nécessaire sur le continent.»

Contribuer au développement du septième art sur le continent, «c’est dans ma ligne éditoriale», affirme Boris Van Gils. «Je n’ai pas envie d’être cantonné à un secteur. Mais le cinéma africain est très important pour moi». «Je suis une co-production à moi tout seul», ajoute-t-il, malicieux. Il se partage entre Paris et Abidjan, où il a déposé ses valises depuis quelques années. Il a une maison de production dans chacun des deux pays: Boucan Production en Côte d’Ivoire et Formosa Productions en France. Avec son associé Michaël Goldberg, Boris Van Gils a également une structure de production en Belgique, Daylight Films. 

«C’est mon ADN. Je suis métis. Je suis donc entre les deux continents. Aujourd’hui, j’ai produit des films de cinéastes aussi bien européens qu’africains». A son actif, entre autres, Les Tremblements lointains de Manuel Poutte (2007, produit au Sénégal), Michaël Blanco de Stephan Streker (2004, tourné à Los Angeles), Les Rayures du Zèbre de Benoît Mariage (2013) ou encore Noces de Stephan Streker (2016).

Le cinéaste Djo Tunda Wa Munga, devant l'affiche de son film, lors de sa projection à l'AFI Silver Theatre and Cultural Center le 7 juin 2011 à Silver Spring (Maryland, Etats-Unis).  (Leigh Vogel / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)
 
«Djo voulait faire un "Scarface" africain»
Viva Riva !, œuvre de Djo Tunda Wa Munga, cinéaste congolais qui se déroule dans son pays (RDC), était un vieux rêve, confie Boris Van Gils. «Djo et moi, nous nous connaissons depuis très longtemps. C’est un vieux projet. Nous en avions rêvé ! Djo voulait faire un Scarface africain». Le résultat est probant. Viva Riva! est une belle aventure, la preuve que le cinéma africain peut produire de petites perles qui s’exportent bien.

L’évolution de la technologie apparaît ainsi comme une aubaine pour les producteurs en Afrique. «Viva Riva! est le premier film qui a été tourné en 5D avec des optiques cinéma, souligne le producteur. Tout s’est démocratisé: on peut ainsi tourner de manière beaucoup plus légère et avoir une image de qualité. Ce qui fait défaut, néanmoins, ce sont certains postes de techniciens.»

D'une manière générale, produire des films en Afrique n’est effectivement pas une sinécure. Notamment en matière de casting. «Nous avons des histoires extraordinaires. Des acteurs incroyables». A condition de prendre le temps d’en tirer le meilleur parti. «Aujourd’hui, les gens ont tendance à aller trop vite. Faire un bon casting, cela demande un temps gigantesque. Il faut trouver des acteurs justes, qu’ils soient professionnels ou non professionnels. Sur Viva Riva!, nous avions une directrice de casting qui est un personnage extraordinaire. Kris Portier de Bellair, qui a travaillé avec Michael Haneke, allait partout et travaillait tout le temps. Tout le secret est là. Un casting, c’est du temps, de l’investissement et des ateliers. Sur Viva Riva!, nous avons fait deux mois et demi d’ateliers. L’une de mes références en la matière est le film brésilien, La Cité de Dieu (2003, long métrage réalisé par Fernando Meirelles et Kátia Lund qui se déroule dans les favelas). C’est ce qui a été fait et les comédiens sont géniaux.»

«Si on veut développer une vraie et forte cinématographie africaine, il faut des producteurs»
Cette préparation est d’autant plus importante qu’un tournage est plein d’imprévus. «Un film, c’est un scénario sur lequel on travaille et on retravaille, ensuite le casting que l’on fignole parce sur un tournage, il se passe tellement de choses… C’est tellement compliqué surtout quand on tourne dans les rues de Kinshasa. Chaque anecdote sur le tournage de Viva Riva! est exceptionnelle », explique Boris Van Gils qui affiche un sourire plus qu'explicite. 

Autre obstacle de taille dans le cinéma, et notamment pour les projets africains: l'argent. «Le cinéma est un art qui coûte cher. Pour réussir un bon film, il faut quand même des moyens. Si on ne veut pas rester sur un marché de niche et être présent sur la scène internationale, l’intérêt étant de faire des films qui sont vus dans le monde entier, il faut qu’il y ait davantage de financement pour le cinéma africain. Nous sommes par conséquent obligés d’aller chercher des investisseurs à l’étranger. Au fond, ce qui manque en Afrique, ce sont des producteurs. Si on veut développer une vraie et forte cinématographie africaine, il faut des producteurs. Il faudrait former des producteurs à encadrer des films et à les faire pousser. Car les talents sont là !»

Boris Van Gils a actuellement trois projets dans sa besace dont une autre production africaine. Le film sera réalisé par Isaac de Bankolé (le plus Béninois des comédiens ivoiriens) et sera tourné en Côte d'Ivoire. Produire des films n'est pas la seule façon de promouvoir le cinéma en Afrique. Ainsi, Boris Van Gils lancera en décembre 2018, Les Nuits d'Abidjan, un «festival de cinéma et de musique». L'un de ses objectifs: amener le cinéma au plus grand nombre. «En 2015, se souvient-il, j'avais organisé une projection à Abobo (un quartier populaire d'Abidjan, la capitale économique ivoirienne, NDLR) dans le cadre des Trophées francophones du cinéma (évènement qui récompense la production francophone dans le monde). Les enfants, qui y assistaient, n'avaient jamais vu un film sur grand écran». Boris Van Gils compte bien, à sa manière, leur donner davantage le goût du cinéma. A plus d'un titre. 

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