Attentats contre des chrétiens au Nigeria : le Vatican dénonce une "haine aveugle et absurde"

Au moins 40 personnes ont été tuées dans cinq attaques visant notamment des églises dans le centre et le nord du Nigeria.

Un véhicule en feu près de l\'église catholique de Madalla, dans la banlieue d\'Abuja, au Nigeria, le 25 décembre 2011.
Un véhicule en feu près de l'église catholique de Madalla, dans la banlieue d'Abuja, au Nigeria, le 25 décembre 2011. (AFOLABI SOTUNDE / REUTERS)

Les violences interreligieuses connaissent une nouvelle flambée au Nigeria. Cinq attentats visant des églises y auraient fait au moins 40 morts et plusieurs blessés, dimanche 25 décembre, selon un bilan provisoire.

Comment se sont déroulées les attaques ?

• A Madalla, dans la banlieue d'Abuja, la capitale administrative du pays, une bombe a explosé alors que des fidèles étaient réunis pour la messe de Noël à l'intérieur d'une église. L'attentat a fait au moins 35 morts selon un prêtre présent sur place.

APTN

Pendant que secouristes et ambulanciers tentaient de venir en aide aux victimes, des jeunes en colère ont allumé des feux et menacé d'attaquer un commissariat de police des environs. Des policiers ont alors tiré en l'air pour fermer l'accès d'une route majeure.

• A Jos, dans le centre du pays, une église évangéliste a été la cible d'une bombe. L'explosion a tué un policier.

• A Damaturu, dans l'Etat de Yobe, au nord-est du pays, deux bombes ont explosé dimanche dans la matinée, l'une sur un rond-point, l'autre dans les bureaux des services de renseignements de la police. Cet attentat suicide a fait quatre victimes, trois policiers et le kamikaze.

• A Gadaka, également dans l'Etat de Yobe, une attaque s'est produite samedi 24 décembre au soir. En pleine veillée de Noël, à proximité d'une église, des assaillants ont attaqué des chrétiens qui ont fui. Aucune victime n'a été signalée.

Qui sont les responsables de ces attaques ?

Quelques heures après l'attentat perpétré près d'Abuja, la secte islamiste Boko Haram a revendiqué auprès de l'AFP ces violences : "Nous sommes responsables de toutes les attaques de ces derniers jours, y compris celle à la bombe contre l'église de Madalla. Nous continuerons à lancer de telles attaques dans le nord du pays dans les prochains jours."

Comme le détaille RFI,  Boko Haram a multiplié les attaques mortelles ces derniers jours au Nigeria, faisant plus de 150 morts. Lancé en janvier 2004, le mouvement se réclame des talibans afghans et est soupçonné de liens avec la branche maghrébine d'Al-Qaïda (Aqmi). Il veut créer un Etat Islamique dans le nord du Nigeria et imposer strictement la charia, la loi islamique.

Cette secte, dont le nom signifie "l'éducation occidentale est un péché", mène une guérilla féroce notamment depuis 2009. La répression de ce mouvement avait à l'époque provoqué la mort de 800 personnes.

Quels sont les précédents ?

Depuis plusieurs mois, la secte Boko Haram a multiplié  les attaques meurtrières visant les autorités nigérianes et les communautés religieuses, notamment chrétiennes.

• En 2010, à la veille de Noël déjà, ce groupe avait attaqué plusieurs églises à Jos, entraînant la mort de dizaines de personnes.

• En août 2011, la secte avait revendiqué l'attentat commis contre le siège des Nations unies à Abuja, faisant 24 morts.

• Ces derniers jours, notamment à Damaturu et Potiskum, dans l'Etat de Yobe, et à Maiduguri, capitale de l'Etat voisin de Borno, des explosions et des tirs ont également été rapportés. Ces violences, et la répression qui a suivi, auraient fait une centaine de morts selon la police.

Quelles sont les réactions ?

Ces attaques visant des chrétiens ont été immédiatement condamnées par le Vatican. En pleine célébration des fêtes de Noël, le porte-parole du Saint-Siège a déclaré depuis Rome que ces attaques sont le fruit d'"une haine aveugle et absurde. (...) Mais ces violences insensées ne doivent pas affaiblir la volonté des Nigérians de vivre en paix et de promouvoir le dialogue dans leur pays."

"Ces actes de violence contre des citoyens innocents sont un affront injustifié à notre sécurité et à notre liberté collectives", a réagi de son côté le président nigérian, Goodluck Jonathan. Le "gouvernement ne faiblira pas dans sa détermination à déférer devant la justice tous les auteurs des actes de violence d'aujourd'hui et de tous les autres [commis] auparavant".

La crainte est aujourd'hui forte de voir s'amplifier la guerre civile et religieuse qui, comme le rappelle Slate, secoue le Nigeria depuis plus de dix ans.