Un ouragan comme Sandy est-il envisageable en France ?

Emmanuel Bocri, ingénieur prévisionniste à Météo France, explique à francetv info pourquoi une telle hypothèse n'est pas plausible en métropole.

Vue satellite de l\'ouragan Sandy au large des côtes américaines, le 29 octobre 2012.
Vue satellite de l'ouragan Sandy au large des côtes américaines, le 29 octobre 2012. (EUMETSAT 2012 / AFP)

OURAGAN SANDY - Alors que Sandy a ravagé les Caraïbes et les Etats-Unis, et qu'une série de mini-tornades a touché Marseille mi-octobre, doit-on craindre la généralisation de ces phénomènes météorologiques en France métropolitaine ? La réponse d'Emmanuel Bocri, ingénieur prévisionniste à Météo France.

Francetv info : Paris risque-t-il un jour de subir le passage d'un ouragan comme Sandy ?

Emmanuel Bocri : Un cyclone a besoin de plusieurs éléments pour émerger. Notamment d'une eau à au moins 26°C sur une profondeur de plusieurs dizaines de mètres. Si, en Méditerranée, l'eau peut atteindre cette température, elle n'est chaude qu'en surface. Et l'océan Atlantique est lui bien trop froid de notre côté. Un cyclone nécessite aussi, en haute altitude, certains vents favorables et une humidité importante. Des conditions que l'on ne retrouve pas sous nos latitudes.

Mais avec le changement climatique, les océans se réchauffent et les conditions se modifient.

Le changement climatique est un phénomène principalement étudié à l'échelle globale, et nous commençons tout juste à passer à des échelles plus réduites pour étudier sur des régions précises. Malgré le peu d'informations dont nous disposons actuellement, il est possible de dire que les modifications à venir dans les prochaines décennies ne devraient pas permettre la formation de cyclones à proximité de la métropole. L'Atlantique se réchauffe très, très lentement. La température de la Méditerranée augmente plus rapidement, mais pas assez pour autoriser la naissance de cyclones dans une zone tempérée.

En revanche, pour les zones tropicales, le changement climatique va augmenter la fréquence de phénomènes violents. Les prévisions n'anticipent pas une hausse du nombre de cyclones, mais plutôt d'événements pouvant causer d'importants dégâts.

Mi-octobre, une mini-tornade a ravagé les les environs de Marseille. Peut-on s'attendre à les voir se multiplier ?

Il ne peut y avoir d'ouragans en métropole, mais celle-ci n'est pas épargnée par d'autres événements météorologiques dévastateurs. Toutefois, nous ne parlons pas de la même chose. Ces mini-tornades, que l'on appelle "trombes marines", sont des phénomènes de plus petite taille et qui ont une durée de vie beaucoup plus courte que les cyclones. Eux peuvent tenir une, voire plusieurs semaines et s'étendre sur plusieurs milliers de kilomètres. Une trombe ne vit que quelques dizaines de minutes et n'occasionne de dégâts que sur une tranchée large d'une dizaine ou une centaine de mètres.

Par ailleurs, le nombre de trombes n'est pas en hausse. Elles sont seulement davantage signalées car l'information circule mieux. On a donc l'impression qu'il y en a plus qu'avant, mais c'est faux, on dispose simplement de meilleurs outils d'observation. Lorsque les premiers satellites sont arrivés, on a cru qu'il y avait plus de cyclones. En réalité, on a simplement eu la possibilité de voir ceux qu'on ne pouvait pas observer auparavant.