Après Twitter, le gouvernement turc bloque l'accès à YouTube

Des enregistrements mettant en cause le pouvoir avaient été publiés sur la plateforme de partage de vidéos.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara, la capitale turque, le 13 mars 2014.
Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, à Ankara, la capitale turque, le 13 mars 2014. (ADEM ALTAN / AFP)

Au lendemain de la levée du blocage de Twitter en Turquie, Ankara a décidé, jeudi 27 mars, de bloquer l'accès à la plateforme de partage de vidéos YouTube, après la publication d'enregistrements mettant en cause le pouvoir. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, est affaibli depuis la mi-décembre par une vaste affaire politico-financière. Il accuse ses ex-alliés de l'organisation du prédicateur musulman Fethullah Gülen, qui vit aux Etats-Unis, d'être les instigateurs de ces documents.

La décision des autorités des télécoms (TIB) concernant YouTube a été communiquée aux fournisseurs d'accès à internet et aux opérateurs GSM turcs, a précisé le quotidien Hürriyet sur son site internet. "L'accès a été bloqué par l'Autorité turque des télécommunications (TIB)", indique un message aux internautes qui souhaitent accéder à la plateforme.

Que révèlent les enregistrements gênants ?

Cette décision fait suite à la publication, jeudi sur YouTube, de l'enregistrement d'une conversation dans laquelle quatre hauts responsables turcs, dont le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, et le chef des services de renseignement, Hakan Fidan, évoquent l'hypothèse d'une opération militaire en Syrie. L'authenticité de cette discussion et les conditions de son enregistrement n'ont pas été établies.

Dans la bande sonore, la voix attribuée à Hakan Fidan envisage d'envoyer "quatre hommes [en Syrie] pour lancer huit missiles dans un terrain vague" en Turquie, afin de justifier une riposte militaire turque. Le Premier ministre turc a dénoncé la diffusion de cet enregistrement pirate. "C'est un acte ignoble, lâche, immoral", a déclaré Recep Tayyip Erdogan, promettant aux auteurs de cette fuite de les poursuivre "jusque dans leurs caves". Le ministère des Affaires étrangères turc a assuré quant à lui que cet enregistrement avait été "manipulé".

Pourquoi cela tombe-t-il mal pour le pouvoir ?

Depuis le mois dernier, des dizaines d'enregistrements de conversations téléphoniques piratées mettant en cause le Premier ministre et son entourage dans un vaste scandale de corruption ont été diffusées sur internet. Ces conversations sont présentées comme étant celles du Premier ministre, de membres éminents du gouvernement et de chefs d'entreprise. 

Pour empêcher leur publication, Ankara a bloqué il y a une semaine le réseau Twitter, provoquant une avalanche de critiques dans le monde entier. Un tribunal d'Ankara a ordonné mercredi la suspension de cette mesure, qui restait toutefois en vigueur car la TIB dispose de trente jours pour s'y conformer.

Lorsque Twitter a été bloqué, le nombre de tweets envoyés depuis la Turquie a explosé. La quantité de messages postés sur le réseau social aurait en effet augmenté de 138%, avait indiqué Al-Jazeera. Les services du Premier ministre ont justifié le blocage de Twitter en lui reprochant de servir de relais à une "diffamation systématique" du gouvernement. 

Des élections municipales sont prévues dimanche en Turquie, cruciales pour le Premier ministre Erdogan.