Tribune contre l'hégémonie d'Amazon : le groupe américain "porte un modèle de civilisation qui n'est plus possible", estime une signataire

La co-fondatrice des éditions Hors d’Atteinte souligne que le géant du web détruit deux emplois à long terme par poste créé. 

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Radio France
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Un casier pour récupérer ses colis livrés par Amazon.  (SALESSE Florian/PHOTOPQR/LA MONTAGNE/MAXPPP)

Marie Hermann, co-fondatrice des éditions Hors d’Atteinte, a estimé lundi 16 novembre sur franceinfo qu’Amazon portait "un modèle de civilisation ou de consommation qui n'est plus possible". L’éditrice est co-signataire d'une tribune contre Amazon publiée sur franceinfo. L’appel est lancé par différents syndicats et ONG comme la CGT, FSU, Attac, Greenpeace, Agir pour l'environnement, Confédération paysanne, Amis de la Terre, mais aussi des libraires, des éditeurs et des élus. Ils appellent à "stopper Amazon" et à l’instauration d’une taxe exceptionnelle sur son chiffre d'affaires.

franceinfo : Pourquoi avez-vous signé ce texte ?

Marie Hermann : Je considère, comme un certain nombre de signataires, qu’effectivement Amazon porte un modèle de civilisation ou de consommation qui n'est plus possible parce qu’il s'agit d'acheter en permanence de plus en plus des choses dont on n'a pas forcément besoin et de les acheminer d'une manière qui est souvent désastreuse pour l'écologie, par exemple par avion pour aller plus vite, pour que les objets soient livrés le jour même. C'est aussi désastreux pour l'emploi, puisqu’on estime maintenant aux États-Unis qu'à peu près pour un emploi créé pour Amazon, il y a deux emplois détruits à long terme. C'est aussi une manière de casser le lien humain. Amazon, effectivement, fonctionne bien en temps de pandémie, puisqu’on n’a plus besoin physiquement de se déplacer quelque part, donc de se rencontrer, de se parler. Et il y a vraiment cette idée. Chacun peut rester chez soi et consommer toute la journée sans aucune pause, mais sans aucune rencontre, sans aucun échange.

Vous soutenez dans cette tribune l'idée d'une taxe exceptionnelle sur le chiffre d'affaires d'Amazon. Pourquoi ?

L'idée est effectivement d'aller chercher l'argent là où il est puisque le chiffre d'affaires d'Amazon ne cesse d'augmenter de manière exponentielle et d'enrichir l'homme le plus riche de la planète, son patron Jeff Bezos, tandis que les petits commerces se meurent et sont dans des conditions de vie de plus en plus catastrophiques et désastreuses. L'idée serait effectivement de taxer Amazon pour redistribuer cet argent vers ceux qui en ont besoin.

Emmanuel Macron ne lutte pas assez contre la concurrence d’Amazon, selon vous ?

Amazon est en situation d'hégémonie telle qu'ils sont capables d'imposer leurs conditions, leur manière de faire à tous les niveaux. Il est vrai qu'on le voit dans l'édition de manière évidente. Quand ils décident d'augmenter leurs marges, les diffuseurs ou les distributeurs n'ont qu'à baisser la tête sans aucune possibilité de négociation. Il y a une résistance qui se met en place effectivement avec différents moyens. Il y a par exemple un diffuseur qui a récemment annoncé qu'il cessait de travailler avec Amazon en contournant le fameux délit de refus de commerce, tout simplement en refusant les conditions présentées par Amazon. C'est évidemment un risque important pour certains éditeurs puisque c’est se couper d’un revenu non négligeable. Il y a l’éditeur "Zone sensible" qui a décidé carrément de cesser de mettre des codes barres à l'extérieur des livres qui empêchent les robots d'Amazon de traiter ces livres, ce qui empêche - de fait - la commercialisation. Ce sont effectivement des manières de résister encore microscopiques face à un tel monstre, mais qui doivent effectivement s'accompagner de mesures au niveau de l'État pour pouvoir réinstaurer un système où chacun aurait sa place et son rôle de manière plus saine.

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