Reportage Crise de l’immobilier : à Saint-Malo, les quotas pour contrer "l'effet Airbnb" s'avèrent peu efficaces

Une cinquantaine de maires de France, réclament des mesures afin de mieux encadrer les locations touristiques de courte durée pour éviter la pénurie de logements. Annecy attend jeudi une décision de justice lui permettant d‘instaurer des quotas, comme l'a fait Saint-Malo dès 2021.
Article rédigé par Agathe Mahuet
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Les boîtes à clés Airbnb ont fleuri un peu partout à Saint-Malo (Bretagne). (LIONEL LE SAUX / MAXPPP)

Le concert de valises à roulettes persiste sur les petits pavés de Saint-Malo (Bretagne) et les locataires d'une nuit défilent toujours intramuros. Malgré la mise en place de quotas pour contrer "l'effet Airbnb" il y a deux ans, le tableau n'a pas changé.

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On voit "des volets fermés, des boîtes à clé un peu partout", décrit désolé Franck Rolland, qui a cofondé un collectif d'habitants, Saint-Malo j'y vis… j'y reste. "Les commerces de proximité, du quotidien ont changé de nature. La boucherie est devenue une biscuiterie", poursuit le Malouin.

"On peut parler de transformation de Saint-Malo, qui a toujours été une ville balnéaire, avec sa vie économique et ses lycées, en une station balnéaire."

Franck Rolland, un habitant de Saint-Malo

à franceinfo

Des commerces du quotidien qui disparaissent au profit de boutiques touristiques... Saint-Malo vit une transformation profonde et devient une station balnéaire. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

La mairie a été la première ville de France à prendre conscience du problème et a donc plafonné les locations saisonnières : intramuros désormais, seul un logement sur huit peut être loué sur une plateforme comme Airbnb, moitié moins le long de la mer, avec un agrément distribué pour trois ans et des propriétaires recalés, incités à remettre leur bien sur le marché classique de la location.

Pourtant, la crise continue. Et ceux qui veulent vivre à l’année à Saint-Malo sont confrontés à une pénurie de logements. "Il n’y a pas de logements, ils n’ont rien à vous proposer", confirme Aline Simon, 52 ans.

Mutée en février dans la cité bretonne, elle n'a toujours rien trouvé. Pas d’offres, lui répondent les agences immobilières semaine après semaine. Alors en attendant, elle loge avec son fils de 10 ans dans une résidence pour travailleurs de passage et le garçon trouve ça quand même "un peu petit". "On est un peu l’un sur l’autre, déplore aussi sa maman. Ce serait mieux qu’il ait sa chambre, son espace".

"On m’aurait dit que c’était hyper difficile de se loger à Saint-Malo, je pense que j’aurais réfléchi à deux fois avant de venir."

Aline Simon, mutée dans la commune bretonne

à franceinfo

Salariée chez Picard, Aline Simon a été mutée en février à Saint-Malo. Trois mois plus tard, elle n'a toujours pas trouvé d'appartement. (AGATHE MAHUET / RADIO FRANCE)

La réglementation n'a donc pas eu d'effet miracle et elle pourrait même être retoquée. Un recours en justice a été déposé, ce qui fait que le maire ne souhaite plus s'exprimer sur le sujet pour l'instant. Parmi ceux qui contestent les quotas, une dizaine de propriétaires malouins empêchés de louer leurs appartements à la nuitée. "Ils disent oui, évidemment, à la réglementation mais à une réglementation équilibrée", assure leur avocat, Simon Guirriec. D'autant que selon lui, l'effet escompté n'est pas atteint. "À ma connaissance, les biens concernés ne sont pas revenus sur le marché de la location à l'année", avance-t-il. Normal, répond le collectif d'habitants de Saint-Malo qui affirme que plus de 200 propriétaires ne jouent pas le jeu et mettent en ligne leur logement, malgré l'absence d'agrément municipal. Le collectif regrette que les contrôles soient insuffisants.

Crise de l’immobilier : à Saint-Malo, les quotas pour contrer "l'effet Airbnb" se sont avérés peu efficaces - le reportage d'Agathe Mahuet

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