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Votre avertisseur de radars est-il bon pour la casse ?

Un décret promulgué mercredi au "Journal officiel" met en place une série de mesures visant à sanctionner les comportements dangereux au volant. Parmi elles, l'interdiction des avertisseurs de radars, ou plutôt leur reconversion. 

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France Télévisions
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Les avertisseurs comme celui-ci doivent être mis à jour sous peine d'amende, de retrait de points et de saisie de l'appareil. (DENIS CHARLET / AFP)

Adieu les avertisseurs de radars, bonjour les outils d'aide à la conduite. Entérinée par un décret d'application publié au Journal officiel mercredi 4 janvier, l'interdiction de posséder un appareil indiquant l'emplacement des radars prend effet dès le lendemain. Les 6 millions d'automobilistes équipés de ces engins vont-ils devoir s'en débarrasser ? Et ceux qui se servent d'un GPS ?  FTVi vous dit tout. 

 Qu'est-ce qui change ? 

Devant l'interdiction de ces appareils, annoncée dès mai 2011 par le Comité interministériel de la sécurité routière (CISR), les constructeurs ont arraché au gouvernement un accord fin juillet. Ce dernier acte la conversion des "avertisseurs de radars" en "outils d'aide à la conduite". Bref, on peut garder son boîtier !

Mais il est désormais interdit d'y signaler un radar, fixe ou mobile, à la communauté d'utilisateurs. Pour Eric de Caumont, avocat spécialisé dans la défense des automobilistes, "cela revient à empêcher les conducteurs de communiquer entre eux, comme ils le font depuis quarante ans avec les appels de phares ou avec la CB. Ce n'est pas sérieux".

En revanche, ils pourront signaler "des sections de voies dangereuses"  - d’au moins 4 km sur le réseau autoroutier, 2 km hors agglomération et 300 mètres en agglomération - ainsi que "des points de danger précis"  - accidents, passages à niveau, virages, obstacles, chaussée glissante, etc. Si des radars sont présents dans ces zones, aucune donnée précise ne permettra de les distinguer.

Certaines de ces informations, comme la présence de travaux, seront fournies par les préfectures, note Le Parisien. Et, selon le quotidien, ces dernières ont reçu la consigne de rapporter "dix fois plus de zones [de danger] que de radars". Conséquence : l'automobiliste étant noyé sous les alertes, l'avertisseur perd son intérêt.

• Quelles sanctions risque-t-on ?   

A partir du 5 janvier, la détention, le transport et l'usage des avertisseurs de radars seront punis d'une amende de 1 500 euros, du retrait de six points du permis de conduire et de la saisie de l'appareil.

• Comment mettre à jour mon avertisseur, mon GPS, mon appli ? 

          - Les avertisseurs de radars homologués Préparés, les fabricants d'avertisseurs de radars homologués - norme NF - ont lancé fin 2011 leurs mises à jour. En fonction de la marque, soit l'actualisation s'est opérée automatiquement à distance, soit l'utilisateur a dû la télécharger sur internet. Dans tous les cas, ces appareils sont désormais aux normes.

          - Les GPS Entre 12 et 15 millions d'automobilistes sont concernés. C'est à eux de faire une mise à jour. Prises de court, les marques doivent procéder à des ajustements pour se mettre en conformité. Interrogé par Europe 1, le responsable de la société Garmin indique que le fabricant va "contacter tous [ses clients], leur envoyer des mails, des courriers pour expliquer les démarches très simples et gratuites".

          - Les GPS intégrés Là, l'opération se complique. En fonction du modèle, l'utilisateur peut être amené à s'adresser directement au fabricant. Dans le doute, le plus simple reste de désactiver la fonction "alerte radars".

          - Les applis smartphones Les applis mises en ligne par les constructeurs homologués se sont actualisées.

• Est-ce que certains passeront entre les mailles du filet ?

Sans doute. Car si les applications "officielles" sont mises à jour, il va être difficile de contrôler les applis non homologuées. Quant aux sites internet consacrés au sujet, la nouvelle réglementation n'a pas l'air de les stresser. A la date de publication du décret, l'un d'eux ajoutait encore, comme si de rien n'était, de nouveaux appareils à sa base de données : trois repérés dans le Doubs, deux dans le Var et un en Indre-et-Loire, le tout signalé par des internautes. 

• Comment un agent peut-il s'assurer que la mise à jour est faite ?

Théoriquement, il ne le peut pas. "Les gendarmes et policiers n’ont pas le droit de vérifier le contenu des appareils, assure Eric de Caumont. Les automobilistes doivent formellement refuser qu'on examine leur iPhone. Ils ne doivent pas se laisser bluffer." Il assure que les avocats "monteront au créneau" et ne manqueront pas de rappeler que les agents ont outrepassé la loi si la fouille d'un appareil donnait lieu à une contravention. 

Les forces de l'ordre devront donc s'en remettre à la bonne foi de l'automobiliste. Du moins dans un premier temps. Il serait question, à terme, de demander au conducteur de fournir une attestation de mise à jour. 

• Quelles conséquences pour les fabricants ?

Les sociétés qui commercialisent les avertisseurs se défendent d'inciter aux comportements dangeureux. Au contraire. "Nos produits affichent en permanence la limite de vitesse à respecter", rappelaient-elles dans un communiqué de mai 2011 annonçant leur rassemblement au sein de l'Association française des fournisseurs et utilisateurs de technologies d’aide à la conduite (Afftac).

Les concessions faites par les fabricants lors des négociations avec le ministère de l'Intérieur leur ont permis de se présenter comme des partenaires de la politique de sécurité routière du gouvernement. "Il a (...) été reconnu que les outils d'aide à la conduite (précédemment appelés avertisseurs de radars) participent aux objectifs de sécurité routière et au renforcement de la pédagogie à l'égard des conducteurs", s'est ainsi félicitée l'association après la signature de l'accord en juillet. 

Eric de Caumont livre une autre analyse : "Le ministre de l'Intérieur a mis les constructeurs dans une situation de panique. Du coup, de peur de perdre leur gagne-pain, ils ont accepté des concessions qui, parce que les appareils ne rempliront plus leur fonction, finiront par les tuer de toute façon."

• Quel est l'objectif de ces mesures ? 

L'interdiction des avertisseurs de radars s'inscrit dans une série de mesures décidées en mai par le Comité interministériel de la sécurité routière. Elles ont vocation à faire baisser les violences routières, et surtout le nombre de tués, qui a stagné en 2011 après plusieurs années de déclin. Pour l'ancien président de l'association Prévention routière, Bernard Pottier, interrogé dans Le Parisien, cette stagnation résulte de "l'irresponsabilité de certains parlementaires qui ont voté l'assouplissement des conditions de récupération de points".

Le gouvernement a donc décidé de pénaliser plus lourdement certaines infractions dangereuses, comme téléphoner au volant, regarder une vidéo en conduisant ou franchir la bande d'arrêt d'urgence. 

Pour les détracteurs de cette politique, nombreux à s'exprimer sur les sites spécialisés, ces mesures, et plus particulièrement celles concernant les avertisseurs, ne seraient destinées "qu'à remplir les caisses de l'Etat". "Une façon de compenser la baisse de la rentabilité des contrôles-rackets", conclut Eric de Caumont. 

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