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Nantes. Ce que l'on sait de la mort par immolation d'un chômeur

Malgré l'intervention rapide des secours, un homme s'est immolé par le feu devant une agence de Pôle Emploi. Il avait annoncé son suicide. Le ministre du Travail est sur place.

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L'agence Pôle emploi de Nantes (Loire-Atlantique) devant laquelle un homme est mort en s'immolant par le feu, le 13 février 2013. (OLIVIER QUENTIN / FRANCE 3)

Il avait annoncé son suicide aux médias locaux. Un homme s'est immolé par le feu devant une agence Pôle emploi à Nantes (Loire-Atlantique) mercredi 13 février à la mi-journée. Malgré l'intervention rapide des secours, ce chômeur âgé de 43 ans est mort sur place. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a fait part de sa "très forte émotion" sur France 3, évoquant une "situation de précarité, de chômage et aussi sans doute un drame humain".

Le ministre du Travail, Michel Sapin, s'est rendu à Nantes dans la soirée avec le directeur général de Pôle emploi, Jean Bassères. Selon le ministre du Travail, "tout a été fait" pour éviter ce drame. Retour sur les faits.

L'homme avait averti les médias de son geste

Plusieurs médias locaux ont reçu en début de semaine des e-mails de cet homme annonçant son intention de passer à l'acte dans la semaine devant son agence de Nantes-Est. Il souhaitait protester contre le rejet de son dossier alors qu'il estimait avoir travaillé suffisamment d'heures pour toucher des indemnités chômage. Presse-Océan publie sur son site le contenu de deux messages qui lui sont parvenus : 

"Aujourd'hui, c'est le grand jour pour moi car je vais me brûler à Pôle emploi. J'ai travaillé 720h et la loi, c'est 610h. Et Pôle emploi a refusé mon dossier", écrivait-il dans un premier mail envoyé mardi à 10h12. Deux heures plus tard, il renvoyait : "Je suis allé à Pôle emploi avec 5 litres d'essence pour me brûler, mais c'est fermé le 12/02/2013 ; alors ça sera demain le 13 ou le 14, car ce serait vraiment préférable au sein de Pôle emploi merci."

Des policiers dépêchés sur place, en vain

La police a tenté de rentrer en contact, en vain, avec l'auteur de ces mails. Une patrouille a également été dépêchée sur les lieux de l'agence Pôle emploi. Selon nos confrères de France 3 Loire-Atlantique, elle "est passée régulièrement devant l'agence au cours de la matinée. Au moment où l'homme est passé à l'acte, plusieurs policiers présents sur place ont tenté d'éteindre le feu avec des couvertures. Sans y parvenir sans se mettre eux-mêmes en danger"Un policier nantais précise à Presse-Océan que "cet homme est arrivé par une rue adjacente. Il était déjà en flammes. Et hors de la vue des policiers."

Voici les explications de Philippe Cussac, directeur départemental de la sécurité publique en Loire-Atlantique, recueillies par France 3 :

Quelle était la situation du demandeur d'emploi ? 

Interrogé par France 2, Julien Chaillou, syndicaliste CGT Pôle emploi, apporte des précisions sur la situation du chômeur. Selon lui, ce demandeur d'emploi avait repris une activité sans la déclarer à Pôle emploi, continuant ainsi à percevoir des indemnités. 

Dans ce cas, non seulement le trop-perçu doit être remboursé mais la période d'activité non déclarée n'ouvre pas à de nouveaux droits à l'assurance-chômage. Une "double peine" dénoncée par le syndicaliste.

France 2

Pôle emploi affirme avoir "recherché avec lui les solutions possibles"

La direction de Pôle emploi a confirmé le fait que l'homme était bien inscrit dans cette agence. Celle-ci avait été informée la veille de ses intentions. Elle affirme l'avoir "immédiatement recontacté" pour "rechercher avec lui les solutions possibles", alertant "dans le même temps" pompiers et forces de l'ordre. Selon Pôle emploi, le personnel de l'agence est très "choqué", tout comme celui des entreprises alentours.

De son côté, Michel Sapin a indiqué que "les règles (d'indemnisation) [avaient] été appliquées avec l'humanité qui convient, avec les explications nécessaires mais il y a parfois des moments où on est dans une telle situation, qu'on ne comprend plus les explications."

Plusieurs précédents 

Il existe plusieurs cas d'immolation par le feu devant des administrations en France. En février 2012, une femme âgée de 38 ans, en demande de logement, est passée à l'acte devant le hall de la mairie de Saint-Denis. Elle est morte de ses blessures.

En août de la même année, un homme de 51 ans s'est immolé par le feu dans les locaux de la Caisse d'allocations familiales de Mantes-la-Jolie (Yvelines). Il venait d'apprendre la diminution du montant de ses allocations Revenu de solidarité active. Il n'a pas survécu. 

En octobre 2012, une mère de famille a également tenté de s'immoler par le feu dans le bureau du maire d'Hazebrouck (Nord). Connue des services sociaux municipaux, elle était aussi en demande de logement. Elle a été brûlée au troisième degré.

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