Taxer à 75% les très riches ? La proposition de Hollande enflamme la classe politique

Le candidat PS a proposé, lundi, de créer une nouvelle tranche d'impôt pour les contribuables gagnant plus d'un million d'euros par an.

François Hollande sur le plateau de TF1, le 27 février 2012.
François Hollande sur le plateau de TF1, le 27 février 2012. (TF1 / AFP)

C'est l'effervescence mardi 28 février dans la classe politique. La veille, François Hollande a annoncé sa volonté de taxer les très (très) riches, en imposant à hauteur de 75% les revenus supérieurs à un million d'euros par an. Depuis, Nicolas Sarkozy raille cette proposition, parlant "d'amateurisme", le gouvernement y voit une mesure de "spoliation", Marine Le Pen critique un "coup médiatique"... Et le PS hausse les épaules.

1. "Consternant" pour Sarkozy

"Tout ça donne une impression d'improvisation, de précipitation, pour tout dire d'amateurisme qui est assez consternante", tacle Nicolas Sarkozy. "Où est l'Europe, où est la convergence, quel est le sens d'une proposition comme ça ?", s'interroge le président candidat. "François Hollande cherche à faire l'actualité", estime sa porte-parole de campagne, Nathalie Kosciusko-Morizet.


2. "Trop fort" pour Villepin

"Je crains que la gauche ne veuille frapper trop fort", juge Dominique de Villepin. "Il faut trouver le bon équilibre entre le maintien d'une dynamique d'entreprises en France et l'exigence de justice sociale. Je crois que cet équilibre se situe autour de 60%, évalue le candidat de République solidaire. C'est ce que j'avais retenu comme Premier ministre entre 2005 et 2007 avec la création du bouclier fiscal."

3. "Déconomètre" pour Bayrou

"Le déconomètre fonctionne à pleins tubes", lâche François Bayrou, citant le dialoguiste gouailleur Michel Audiard. "75% de la CSG, plus l'impôt sur la fortune, ça veut dire qu'on est à peu près à 100% d'imposition (...). Ces gens vont aller se faire payer à l'étranger (...). La France y perdra", prédit le candidat du MoDem sur BFM TV.

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4. "Un coup médiatique" pour Le Pen

"Ce n'est pas de la politique, c'est un coup médiatique", dénigre Marine Le Pen, invitée d'i-Télé. Aux yeux de la candidate du Front national, cette proposition "paraît complètement absurde et idéologique. Le but n'est pas de régler les problèmes économiques, mais de lancer un signal à la gauche de la gauche."

FTVFi / FRANCE 2


5. Le gouvernement, vent debout

Mesure de "spoliation""fuite en avant fiscale", le gouvernement critique vivement, mardi, la proposition de François Hollande.

"C'est un message presque de spoliation par rapport à l'effort produit", dénonce le ministre de l'Economie au micro de France Inter. François Baroin y voit une "course à l'échalote" et se demande pourquoi le candidat socialiste a choisi ce seuil de 75%.

Le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, fustige une "fuite en avant fiscale", une "confiscation fiscale" sur RTL. Selon lui, François Hollande "donne le sentiment qu'il rame là, pour suivre le flux de Sarkozy."


Déjà, lundi soir, la ministre du Budget, Valérie Pécresse, avait dénoncé "l'inflation fiscale du programme" du candidat socialiste. "Chaque semaine, [il] invente une nouvelle taxe sans jamais proposer la moindre économie."

6. Le PS riposte

En réaction aux critiques, Jean-Marc Ayrault, conseiller spécial du candidat PS à l'Elysée, lance : "On ne pourra pas redresser la France s'il n'y a pas de la justice partout. Face à l'indécence, il faut agir. (...) Il faut qu'un message clair soit adressé à tous ces grands patrons, ceux par exemple des banques, qui s'octroient les plus hauts salaires, et qui en même temps rendent la vie difficile aux PME et aux citoyens. Il faut que cela cesse", poursuit le député-maire de Nantes.

"C'est un signal fort supplémentaire qui est en cohérence avec son projet fiscal", abonde l'ex-candidate socialiste à la présidentielle de 2007, Ségolène Royal. "C'est une des traditions, des missions de la gauche de faire de la justice fiscale et de faire reculer les inégalités, ajoute-t-elle. Je pense que beaucoup de contribuables très aisés ne comprennent pas pourquoi ils ont eu 15 milliards de cadeaux fiscaux tous les ans depuis cinq ans. Il est temps de mieux répartir les richesses, c'est une des clés de la relance économique."

L'annonce de François Hollande semble tout de même avoir surpris, jusque dans son propre camp. Jérôme Cahuzac, chargé du budget dans l'équipe de François Hollande, était moins à l'aise lundi soir, lors de "Mots croisés", l'émission d'Yves Calvi sur France 2. Le député socialiste a refusé de commenter la déclaration de son candidat sur TF1, mettant en doute son authenticité. Il assure qu'il ignorait tout de cette proposition.

Francetv info