Les salariés de la raffinerie de Dunkerque envisagent de proposer une nouvelle grève à tous leurs collègues en France

"On va faire de nouvelles actions qui seront plus dures encore" pour la direction de Total, a affirmé mardi le délégué du syndicat Sud, majoritaire sur le site de la raffinerie des Flandres.Le groupe pétrolier a annoncé lundi la fermeture du site. Celui-ci, qui emploie 380 salariés et quelque 400 sous-traitants, est à l'arrêt depuis septembre.

Des salariés de la raffinerie des Flandres mettant en place un barrage près du site le 14 janvier 2010
Des salariés de la raffinerie des Flandres mettant en place un barrage près du site le 14 janvier 2010 (AFP - Philippe HUGUEN)

"On va faire de nouvelles actions qui seront plus dures encore" pour la direction de Total, a affirmé mardi le délégué du syndicat Sud, majoritaire sur le site de la raffinerie des Flandres.

Le groupe pétrolier a annoncé lundi la fermeture du site. Celui-ci, qui emploie 380 salariés et quelque 400 sous-traitants, est à l'arrêt depuis septembre.

L'incertitude qui plane depuis des mois sur son sort a déclenché un mouvement de grève chez les salariés de la branche raffinage de Total entre le 17 et le 23 février, provoquant un début de pénurie de carburant. A l'exception de la raffinerie des Flandres, pour laquelle Total ne voulait prendre aucun engagement de pérennité, tous les sites avaient suspendu leur mouvement après avoir reçu des garanties sur le maintien de leur activité au cours des cinq prochaines années.

Les salariés dunkerquois semblent toutefois nourrir peu d'illusions sur les chances de faire repartir le mouvement à l'échelle nationale.

Total promet le maintien des emplois

Dès l'annonce de la fermeture lundi par le groupe pétrolier, ils ont manifesté leur colère et tenté de forcer l'entrée de la tour Total à la Défense (Hauts-de-Seine). Les syndicats qui estiment insuffisantes les garanties apportées par Total, ont prévu de se réunir mercredi ou jeudi pour prendre une position commune.

Le ministre de l'Industrie Christian Estrosi, a estimé que le projet de Total était "une base de départ pour le maintien de l'emploi et du site industriel" mais a demandé "des propositions complémentaires" pour les 400 à 450 emplois des sous-traitants.

La décision du groupe pétrolier est tombée sans surprise, lors d'un comité central d'entreprise sous tension à la Défense, où plus de 300 manifestants s'étaient réunis, dont une bonne part venue par car depuis Dunkerque. Invoquant l'"effondrement de la consommation de produits pétroliers", la direction a affirmé que le redémarrage de la raffinerie du Nord n'était "plus envisageable" mais s'est engagé à garantir les 370 emplois du site dans le cadre d'un projet de reconversion.

Les syndicats parlent de provocation

Pour la CGT, "le projet de la direction d'aujourd'hui est une véritable provocation". Le syndicat, majoritaire dans le groupe, menace de saisir la justice car Total aurait "créé les conditions pour nous mettre devant les faits accomplis" d'arrêt de l'activité.

Pour le syndicat Sud, majoritaire à Dunkerque, "on ne veut pas de ces nouvelles activités, on est des raffineurs". Une assemblée générale des salariés de la raffinerie est prévue mardi.

Selon FO, "un avenir industriel pour la France, comme le veut le gouvernement, ce n'est pas un centre de formation ou de l'assistance technique".

Pour l'Unsa, "le gouvernement est en partie responsable puisque avec sa fiscalité sur les carburants il a favorisé le gazole et l'outil de raffinage n'est plus adapté".

"Les annonces de Total, c'est zéro", a estimé un syndicaliste CGT venu manifester lundi à la Défense, résumant le sentiment général chez les salariés de Total. "Tout ce qu'ils proposent, c'est une plateforme technique avec environ 200 emplois", a précisé Thierry Dufresne. "Tout ce qu'on veut, c'est bosser et on a encore des moyens de pression pour les faire plier", a estimé pour sa part David Lenglet, 32 ans, en charge de la sécurité des installations à Dunkerque.

"L'école de formation, on nous a déjà dit ça le 1er février, mais on n'est pas des formateurs nous, on est des raffineurs", s'exclame Joël Bouret, 27 ans d'ancienneté au compteur de Total. "Et le centre technique, cela veut dire passer 70% de notre temps en déplacement, loin de nos familles, on ne veut pas de ça", poursuit-il.

On sent certains de ses collègues prêts à craquer. Comme Vincent Wiesbecker, "très en colère" et qui ne mâche pas ses mots. "On se fout de notre gueule depuis six mois, jusqu'ici on a rien cassé, on respecte notre entreprise, mais vu comme on nous traite, on va changer de ton". "Ce qu'on veut c'est un vrai projet industriel pérenne, comme l'a garanti le ministre (de l'Industrie) Christian Estrosi".

Réactions politiques
L'intersyndicale a lancé dimanche un appel à former un comité de soutien national, qui a reçu plusieurs centaines de signatures, dont celles de Carême Damien, maire PS de Grande-Synthe, Jean-François Caron, maire (Europe écologie) de Loos-en-Gohelle, ou Michelle Demessine, sénatrice PCF du Nord. Le conflit Total est devenu "emblématique du combat contre le chômage et les licenciements", affirme le texte.

Pour le PS, "sans projet de substitution" l'intention de Total de fermer la raffinerie est "inacceptable". Il appelle le gouvernement à "passer aux actes".

Pour le socialiste Daniel Percheron, candidat à sa succession à la présidence du conseil régional du Nord/Pas-de-Calais et Pierre de Saintignon, tête de liste dans le Nord, les annonces faites lundi par Total sont "des leurres malhabiles qui cachent simplement une seule réalité : l'absence de tout projet industriel et l'abandon d'un territoire et de ses habitants par l'entreprise la plus riche de France". Ils proposent notamment "l'organisation d'une Grande conférence régionale sur l'industrie dans le Nord-Pas de Calais, n'imaginant pas que l'Etat puisse refuser de s'y impliquer".

Les Verts de Dunkerque jugent que les annonces faites lundi par Total "ne résolvent en rien la casse, tant sociale qu'économique, qu'entraînera l'arrêt de l'activité de raffinage sur le site de Dunkerque (...). L'investissement de Total dans le projet de terminal méthanier dans la riche zone naturelle du Clipon enfoncera bien davantage encore l'agglomération dans un mal développement économique et écologiquement insoutenable".

Valérie Létard, secrétaire d'Etat aux Technologies vertes et candidate de la majorité présidentielle aux régionales dans le Nord/Pas-de-Calais, souhaite "en attendant le développement concret d'un projet industriel qui prendra plusieurs années, le maintien (de la production de produits pétroliers non-essence) à titre transitoire (...). Ce sera, pendant cette période de transition, la garantie d'une activité industrielle et portuaire significative sur le site".

La raffinerie de Dunkerque, fermée et reconvertie
"Total ne licencie personne", a affirmé le directeur du raffinage Michel Bénézit, en précisant le groupe n'avait pas d'obligation légale vis-à-vis des 400 à 450 salariés des sous-traitants.

La raffinerie elle-même serait reconvertie autour de trois activités: un centre d'assistance technique aux opérations de raffinage (180 personnes), un centre de formation (25 personnes) et un dépôt logistique (15 personnes).

En outre, 80 postes seront proposés aux salariés dans d'autres raffineries du groupe, 30 dans d'autres structures de Total et 20 personnes pourront bénéficier d'une "fin de carrière anticipée".

Enfin, le projet de terminal méthanier remplaçant la raffinerie, porté par EDF et auquel Total s'associe à hauteur de 10% sur un un milliard d'euros a été confirmé par la direction. Il permettra la création "d'une cinquantaine d'emplois directs" à l'horizon 2014, selon la direction de Total.