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Le contrôleur général des lieux de privation de liberté Jean-Marie Delarue a présenté mercredi son rapport annuel

Le verdict est sans appel : "Vétusté, brutalité, pauvreté, indignité". M. Delarue pointe les difficultés de réinsertion des détenus et de l'absence d'humanité dans les nouveaux établissements.Créés en 2008 pour exercer un contrôle indépendant sur les lieux d'enfermement, ses services ont visité plus de 200 établissements en dix-huit mois.
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Une coursive de prison (France 3)

Le verdict est sans appel : "Vétusté, brutalité, pauvreté, indignité". M. Delarue pointe les difficultés de réinsertion des détenus et de l'absence d'humanité dans les nouveaux établissements.

Créés en 2008 pour exercer un contrôle indépendant sur les lieux d'enfermement, ses services ont visité plus de 200 établissements en dix-huit mois.

"Les personnes sortent rarement de ces lieux autrement que brisées ou révoltées", constate Jean-Marie Delarue en introduction de son deuxième annuel. "Nous ne disons pas des choses substantiellement différentes de ce que nous avons dit il y a un an" a résumé le contrôleur. " (...) il y a des progrès qui ont été faits, il y a encore des progrès à faire".

Peu de chance de réinsertion
"Avoir une activité en détention est un élément de réinsertion", "un élément de reconstruction de soi. Quand vous moisissez en cellule pendant 22 heures sur 24, vous n'avez pas beaucoup de chance de vous reconstruire" a souligné M. Delarue. Or, alors que la loi pénitentiaire votée en 2009 prévoit une "obligation d'activité", "seule une minorité de détenus a accès au travail, aux activités socio-culturelles et même aux soins psychologiques", a-t-il constaté.

"En maison d'arrêt (pour prévenus et courtes peines), 15% des détenus travaillent. On est extrêmement loin du compte".

La formation professionnelle ne concerne qu'une "partie très réduite" des détenus, rares sont ceux qui suivent des études secondaires ou supérieures, et si l'offre de sport existe dans tous les établissements, les listes d'attente sont longues.

Déshumanisation des prisons
M. Delarue se montre très réservé sur les dispositifs de vidéosurveillance. "On aura beau déployer tous les moyens techniques que l'on voudra, il faudra toujours un contact humain, faute de quoi, et on voit ça un petit peu dans les nouvelles prisons aujourd'hui, ça se passera très mal", a souligné M. Delarue.

On a tout sacrifié à la sécurité dans ces prisons, on a oublié le reste", et notamment "les nécessaires relations humaines", a-t-il dit, citant les grilles de sécurité encore plus nombreuses, les vitres sans tain des postes de surveillance... "Il y a dans ces prisons une multiplication des frustrations, et par conséquent un accroissement inévitable de l'agressivité", engendrant "violence contre soi et contre autrui", a-t-il relevé.

M. Delarue a souhaité une modification de la conception des prochaines prisons ainsi que, sans trop d'illusions, une réduction de leurs dimensions. "Pour des raisons sans doute budgétaires, (la garde des Sceaux) aura du mal à parvenir à une dimension d'établissements qui est celle que je souhaite, 150 à 200 détenus par prison ", a-t-il dit. Les nouveaux établissements doivent avoir une capacité de 700 places.

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