"Il y a une contradiction totale entre les propos" d'Emmanuel Macron et "l'action de son ministre de l'Intérieur" sur la question des migrants à Calais

Le chercheur en science-politiques spécialiste des migrations, François Gemenne, est revenu, vendredi pour franceinfo, sur le message ferme en direction de migrants lancé par Gérard Collomb, ministre de l'Intérieur, lors de sa visite à Calais (Pas-de-Calais).

Le ministre de l\'Intérieur, Gérard Collomb, lors de sa visite à Calais (Pas-de-Calais), le 23 juin 2017.
Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, lors de sa visite à Calais (Pas-de-Calais), le 23 juin 2017. (DENIS CHARLET / AFP)
avatar
franceinfoRadio France

Mis à jour le
publié le

Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, a annoncé, vendredi 23 juin, à Calais dans le Pas-de-Calais, vouloir éviter tout "appel d'air" pour les migrants. Un message de fermeté qui a "choqué" François Gemenne, chercheur en science-politiques spécialiste des migrations. Sur franceinfo, vendredi, il évoque la "contradiction totale entre les propos du président de la République et l'action de son ministre de l'Intérieur" sur la question des réfugiés.

franceinfo : Le discours ferme à l'égard des migrants, prononcé par le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, vendredi matin à Calais, vous-a-t-il surpris ?

François Gemenne : Nous sommes dans une situation tout à fait inhumaine et insupportable à Calais. La situation est, à nouveau, en train de pourrir. Je suis un peu choqué par les propos très fermes du ministre de l'Intérieur à l'égard des migrants. Son discours est en contradiction totale avec l'injonction du président de la République de traiter cette question 'avec humanité'. Gérard Collomb dit de son côté qu'il craint 'un appel d'air' s'il installe un centre humanitaire à Calais, mais soyons sérieux, les gens ne vont pas quitter leur domicile et leur famille parce qu'il y a un centre humanitaire à Calais. Le but de ce centre est simplement de fournir des conditions minimales d'humanité à ceux qui sont là et qui attendent souvent de passer en Angleterre.

Dans le même temps, Emmanuel Macron, à Bruxelles, dit que "nous devons accueillir des réfugiés. C'est notre devoir, c'est notre honneur", mais dans quelles conditions ?

Il y a une contradiction totale entre les propos du président de la République et l'action de son ministre de l'Intérieur. L'État doit agir et doit ouvrir un centre pour accueillir correctement les migrants. Dans le cas contraire, nous aurons encore un phénomène de jungle, alors qu'aujourd'hui la situation est déjà inacceptable. Les migrants vont continuer à venir à Calais. Ils veulent aller en Angleterre et on ne peut pas changer la géographie. Calais est le point le plus proche en France pour se rendre en Angleterre.

Quid de l'idée de laisser passer les migrants en Grande-Bretagne ?

Cela ouvrirait un conflit diplomatique majeur avec la Grande-Bretagne, mais ce serait certainement la solution la plus simple. Les négociations du Brexit sont peut-être l'occasion de revoir les accords du Touquet pour une gestion de ces migrations qui soit plus équilibrée et plus humaine.

"L'État doit agir et doit ouvrir un centre pour accueillir correctement les migrants", François Gemenne
--'--
--'--