Comment les candidats financent leur campagne présidentielle

Grâce au remboursement de l'Etat, chaque prétendant à l'Elysée bénéficie d'un remboursement forfaitaire de sa campagne. Egaux sur le papier, les candidats ne partent pourtant pas avec les mêmes armes. Explications.

Ségolène Royal, candidate PS, lors de son dernier meeting de campagne, à Brest (Finistère), le 4 mai 2007.
Ségolène Royal, candidate PS, lors de son dernier meeting de campagne, à Brest (Finistère), le 4 mai 2007. (HALEY / SIPA)

Sur le papier, ils sont tous égaux. Mais question finances, les candidats à la présidentielle ne jouent pas dans la même catégorie. En 2007, Nicolas Sarkozy a dépensé 21 millions d'euros pour financer sa campagne. Trente fois plus que l'autoproclamé "candidat des maires" Gérard Schivardi, avec 713 000 euros. Entre les deux, François Bayrou (MoDem) et Jean-Marie Le Pen (FN) ont déboursé chacun un peu moins de 10 millions d'euros.

La plupart des candidats, aidés par leur parti politique, rentrent dans leurs frais après l'élection grâce au remboursement de l'Etat. En 2007, celui-ci a ainsi remboursé aux douze prétendants un total de 44 millions d'euros. Encore faut-il que les comptes de campagne respectent les règles très précises auxquelles ils sont soumis, sous peine d'être invalidés par la Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP).

• Les règles à respecter pour être remboursé

Règle n° 1 : nommer un mandataire financier. Lui seul est habilité à collecter les fonds, à les verser sur un compte de campagne ouvert à cet effet et à les dépenser. Il signe les chèques, les factures, conserve les reçus et justificatifs. Le mandataire peut être une personne physique ou une association de financement politique.

Deuxième règle : respecter les plafonds. Les dépenses des candidats ne doivent pas dépasser 16 millions d'euros, et 22 millions pour les candidats qualifiés pour le second tour.

Contrairement à une idée répandue, les candidats qui ne dépassent pas les 5 % au premier tour sont remboursés. Mais ils le sont dans la limite de 1/20e du plafond de dépenses autorisé, soit 800 000 euros. Pour les autres, la limite est fixée à la moitié de ce plafond, soit 8 millions d'euros (11 millions pour les participants au second tour). Et le remboursement ne porte que sur l'"apport personnel" du candidat. Les dons de personnes physiques, de partis politiques ou les contributions en nature ne sont donc pas remboursables.

• Un budget proportionnel aux résultats attendus

Avant de se lancer dans la course aux fonds, mieux vaut donc avoir une petite idée du résultat attendu. En jetant un œil aux comptes des candidats en 2007, on s'aperçoit que la plupart des petits candidats n'ont pas pris trop de risques, en ne dépassant pas un million d'euros d'apport personnel.

En revanche, si François Bayrou et Jean-Marie Le Pen ont pu se permettre de dépenser autant d'argent (9 à 10 millions d'euros), c'est parce qu'ils étaient sûrs de franchir les 5 %. Et donc d'être remboursés de 8 millions d'euros.

Marie-George Buffet (PCF), elle, a dépensé plus de 4 millions d'euros en 2007. Etant donné son résultat (1,93 %), elle n'a pu se faire rembourser que 800 000 euros. Un accident pour le Parti communiste, même si son trésorier, Jean-Louis Le Moing, minimise le manque à gagner : "Nous avions prévu ce cas de figure. Les sommes nécessaires à la campagne avaient d'ailleurs été provisionnées pendant les années précédant l'élection."

Cette année, crise oblige, les candidats disent vouloir faire preuve de sobriété. Mais les ordres de grandeur devraient rester les mêmes, à l'image des annonces symboliques du Premier ministre, François Fillon, pour plafonner le financement public de la vie politique.

• Les petits candidats à la peine

Pour certains prétendants, la rigueur n'est pas choisie mais subie. Samedi 5 novembre, Le Figaro révélait ainsi que le Parti chrétien-démocrate de Christine Boutin était à la recherche de 10 000 donateurs dans les plus brefs délais, "faute de quoi l'histoire s'arrêtera fin 2011".

Car les "tout petits" candidats ne sont même pas sûrs de récolter les 500 signatures d'élus nécessaires pour se présenter. Une recherche elle-même coûteuse. En attendant le 19 mars, date à laquelle le Conseil constitutionnel publiera la liste des qualifiés, c'est donc l'incertitude qui prime. "Beaucoup de banques ne veulent pas nous prêter d'argent tant que nous ne présentons pas un nombre suffisant de parrainages", confie Antony Marchand, directeur de campagne de Christine Boutin.

• Dons, emprunts, partis politiques... à chacun son montage financier

Les emprunts bancaires sont la principale source de revenus des candidats. Viennent ensuite l'apport des partis politiques, puis les dons de personnes physiques, les dons de personnes morales étant prohibés.

D'un candidat à l'autre, la répartition n'est pas tout à fait la même. Question de style. En 2007, quand Nicolas Sarkozy avait récolté plus de 7 millions d'euros de dons, Ségolène Royal n'en rassemblait que 100 000 euros. "A l'UMP, nous avons une organisation assez forte sur ce point depuis plusieurs années", explique Eric Woerth, l'ancien trésorier du parti. L'UMP peut en effet s'appuyer sur un efficace cercle de riches donateurs, dont le rôle avait fait polémique lors de l'affaire Woerth-Bettencourt.

Sans espérer récolter de telles sommes, Europe Ecologie-Les Verts (EELV) va lancer pour la première fois une campagne de souscription. Fini "la peur de l'appel au don" et "la culture de la pauvreté" qui prévalaient chez les Verts, explique Yves Contassot, trésorier de la campagne d'Eva Joly.

Les "gros" candidats, eux, peuvent aussi compter sur la force de frappe financière de leur parti. Le Parti socialiste a par exemple contribué à hauteur de 10 millions d'euros à la campagne de Ségolène Royal en 2007. Un confort auquel de petits candidats, dont certains sont de parfaits inconnus, ne peuvent prétendre.

Comment cet argent est-il utilisé ? Principales dépenses : l'impression des tracts, l'organisation des meetings et les déplacements. Pour la campagne de 2007, Nicolas Sarkozy a par exemple dépensé 2,4 millions d'euros rien que pour l'éclairage et la sonorisation de ses meetings. Et nombre de ses déplacements se sont faits avec des avions privés facturés autour de 20 000 euros l'aller-retour.

• Le cauchemar du candidat : l'invalidation des comptes de campagne

Côté dépenses comme côté recettes, le moindre faux pas peut conduire à la catastrophe. Candidat en 1995, Jacques Cheminade a vu ses comptes de campagne invalidés. Il avait financé sa campagne en partie grâce à des prêts sans taux d'intérêt, qui ont été requalifiés en dons, faisant dépasser le plafond de dons autorisé. Résultat, il n'a pas été remboursé d'un centime sur les 4,7 millions de francs (700 000 euros) engagés.

Seize ans plus tard, l'Etat lui réclame toujours de rembourser l'avance d'un million d'euros qui lui avait été accordée (comme aux autres candidats). "L'Etat a toujours une hypothèque sur son appartement", affirme son directeur de campagne, Christophe Paquien. Manière de rappeler que rien ne doit être laissé au hasard, sans quoi une campagne électorale peut aussi s'avérer ruineuse.