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Festival Off d'Avignon 2022 : "Rentrer dans le moule", ou comment un enfant autiste bouleverse et éblouit la vie de famille

Comment trouver sa place quand on est différent ? "Rentrer dans le moule" nous plonge dans le quotidien éprouvant d'une famille touchée par le handicap de l'un des siens. Un hymne joyeux à la liberté, à la poésie et à l'amour.

Article rédigé par Ariane Combes-Savary
France Télévisions - Rédaction Culture
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min
Rentrer dans le moule de Juliette Duval (STEPHANE PARPHOT)

On se faufile dans l'intimité familiale par la petite porte. Celle de la chambre de Vincent, jeune garçon qui malgré lui n'entre dans aucun moule. Il n'a pas son pareil pour reconnaître les étoiles mais s'il n'a pas deux fourchettes pour manger ses frites d'un côté et sa viande de l'autre, il perd pied. Vincent est atteint du syndrome autistique d'Asperger. Dans la cuisine, ses parents désarmés viennent d'apprendre que, faute d'auxiliaire de vie scolaire, il n'a plus de place à l'école. "Ça va aller, on va trouver une solution", répètent-ils comme pour mieux se convaincre que ce n'est pas si grave. 

Un chemin douloureux et libérateur

Créée pour le Off d'Avignon, Rentrer dans le moule est une pièce sensible et poétique sur le quotidien d'une famille obligée de ramer à contre-courant. Le père (Jean-Luc Porraz), la mère (Nathalie Mann) et la soeur (Valentine Galey), sans cesse sur un fil, tiraillés entre la tendresse pour ce garçon différent et l'habitude de se conformer à ce que la société attend d'eux. Ensemble et vaille que vaille, ils affronteront avec courage la violence des institutions et le désespoir. Un chemin aussi douloureux que joyeux et libérateur pour chacun d'eux.

Jean-Luc Porraz et Nathalie Mann interprètent des parents désemparés et combatifs. (@STEPHANE PARPHOT)

La comédienne Juliette Duval - dont c'est la première création - signe les dialogues et la mise en scène. Elle s'est inspirée de ses rencontres personnelles pour imaginer le personnage de Vincent. "J'ai gardé des enfants autistes quand j'étais adolescente, raconte-t-elle. Ils ont une poésie et une sensibilité qui me touche. Leur regard sur le monde est sublime."

Enfant, j'étais silencieuse, rêveuse, différente. Je me sentais exclue. J'ai rencontré un enfant autiste, on s'asseyait l'un à côté de l'autre. Ça me faisait du bien de le côtoyer.

Juliette Duval

auteure et metteuse en scène

Dans le rôle du fils autiste, Jacob Porraz incarne un jeune garçon à la fois attachant et désarmant qui se coiffe parfois de bas en haut et se demande "comment on peut dormir sur ses deux oreilles". Un rôle délicat où le piège de la caricature n'est jamais loin. Pour le comédien, il ne s'agissait pas de copier des comportements d'enfants autistes. "J'ai essayé de comprendre les situations, les états de stress, explique-t-il. Je suis allé puiser dans mes propres émotions et j'ai trouvé des points communs."  

 

Interroger la différence

Par petites touches, ce fils extraordinaire fait grandir chacun des membres de sa famille : la mère inquiète, le père prisonnier des fidélités paternelles et la fille tentée par l'effacement et la perfection pour ne pas faire de vague. 

A la sortie du théâtre du Balcon, les yeux humides de certains spectateurs en disent long sur la beauté du texte et des personnages. Juliette Duval s'étonne encore du "nombre de gens qui me disent qu'ils sont touchés". "On avait un peu peur de ne pas taper juste", confirme Jean-Luc Porraz qui campe un père sincère et émouvant. 

Au-delà du handicap c'est la différence que la pièce interroge. "On a tous des bizarreries que l'on pense devoir cacher", estime l'auteure. Comment rester soi sans céder aux injonctions sociales ou familiales ? Le chemin pour le découvrir est infiniment long. 

"Rentrer dans le moule" de Juliette Duval, au théâtre du Balcon (84 rue Guillaume Puy, à Avignon). Jusqu'au 30 juillet, à 10h10. Relâche les 12, 19 et 26 juillet.

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