Un cimetière abandonné menacé de destruction pour construire une route : "C'est un irrespect complet"

Ce cimetière d'Evreux, dans l'Eure, où reposent notamment d'anciens patients d'un hôpital psychiatrique, doit être détruit. D'anciens salariés regrettent ce choix et cherchent une solution pour les défunts, souvent sans famille.

Article rédigé par
Mathilde Ansquer - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le cimetière abandonné avec ses croix en bois.  (MATHILDE ANSQUER / RADIOFRANCE)

Certains l'appellent le "cimetière des fous". A Evreux dans l'Eure, près de 481 personnes reposent dans l'ancien cimetière de l'hôpital psychiatrique de Navarre. Il s'agit en majorité de patients et de personnes qui travaillaient à l'hôpital. Ce cimetière, qui n'accueille plus de défunt depuis 1974, est menacé par un projet de construction d'une route quatre voies censée alléger le trafic, suscitant l'amertume et la colère d'anciens salariés de l'hôpital.

"On marche sur les tombes"

Entre les rangées de croix alignées les unes derrière les autres, l'herbe a fini par tout recouvrir. Il est difficile de savoir où on met les pieds : "On marche sur les tombes", regrettent Alain Desgrez et Philippe Massot. Les deux hommes ont travaillé pendant près de 40 ans à l'hôpital psychiatrique. Désormais retraités, ils font parfois visiter le cimetière. 

Les deux connaissent par cœur ces croix et ces pierres fendues. Pour eux, les voir disparaître, c'est perdre une partie de leur passé. "Ça me chagrine dans la mesure où c'est un irrespect complet par rapport aux gens qui sont ici, dont certains que j'ai connus au début de ma carrière, explique Alain Desgrez. Tout ça en disant : 'Ce ne sont que des fous, juste des fous...'"

"Si ça avait été un cimetière normal, est-ce qu'on aurait fait ça ?"

Alain Desgrez

à franceinfo

 

Dans le cimetière, la nature a repris ses droits. "Ca fait ans qu'il y a un nid d'abeille dans le crucifix, dans les fesses du Christ", s'amuse Philippe Massot. 

Le crucifix où un nid d'abeille s'est installé.  (MATHILDE ANSQUER / RADIOFRANCE)

Dans ce cimetière, les tombes sont marquées par une croix de bois et une plaque en zinc avec le nom du défunt. Il n'y a ni fleur, ni objet. Un dénuement qui n'étonne pas Alain Desgrez : "La plupart des gens qui étaient là étaient sans aucune richesse. Ils sont enterrés dans leur état de pauvreté, avec juste de la terre et une croix en bois au-dessus, c'est tout." 

Une pétition pour sauver le cimetière 

Les deux retraités voudraient que les ossements des défunts soient retirés avant les travaux et placés dans un ossuaire près de l'hôpital. Selon Philippe Massot, il est impossible de retrouver les familles pour qu'elles rapatrient leurs morts. "Personne ne s'est occupé d'eux, surtout pas leur famille. C'étaient des gens abandonnés, alors on ne va pas remuer les familles en leur disant 'Vous avez votre arrière-grand-tante ou arrière-grand-oncle qui est enterré ici et...'"

Sans compter ceux qui ont choisi d'être enterrés ici. Il s'agit souvent de soignants ou du personnel de l'hôpital qui ont décidé de rester avec les patients. Leurs corps ne devraient pas bouger non plus. "Les personnes qui ont été contactés ont respecté les dernières volontés des gens qui sont ici, à savoir que ces gens-là ont voulu être enterrés dans ce champ du repos. Les tombes n'ont pas été relevés." Pour sauver le cimetière, une pétition circule en ligne, près de 850 personnes l'ont signée.

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