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Squarcini : "L'attaque de Londres prouve que nos renseignements ne sont plus adaptés"

Le meurtre d'un militaire à coups de machette, dans la capitale britannique, pose la question de l'émergence d'un nouveau terrorisme. L'analyse de spécialistes du renseignement intérieur et extérieur français.

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France Télévisions
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Un policier place un couteau sous scellés, jeudi 23 mai 2013, après le meurtre de Woolwich, à Londres (Royaume-Uni), dans lequel un soldat a été tué par deux extrémistes. (NEIL HALL / REUTERS)

L'attaque terroriste d'un militaire à Londres (Royaume-Uni), mercredi 22 mai, pose de nombreuses questions aux experts du renseignement français. Est-ce, après l'affaire Merah, la preuve de l'émergence d'un nouveau terrorisme ? Quel est le rôle de cette violence poussée à l'extrême dans un quartier de la capitale anglaise, et de la demande de preuves en vidéo ? Bernard Squarcini, l'ancien patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), et des spécialistes du renseignement extérieur ont accepté de répondre aux questions de francetv info.

La méthodologie du loup solitaire

Son verdict est sans appel. "Ce qui s’est passé à Londres, affirme Bernard Squarcini, montre que le travail des services n’est plus adapté à la situation. Nous sommes à la remorque !" Et l'ex-responsable de la DCRI de faire référence à Mohamed Merah, l'auteur des fusillades de Toulouse et Montauban en mars 2012 : "C’est lui qui, peu ou prou a inauguré ce mode opératoire d’une extrême violence, quasi artisanal. Des voyages en zones sensibles, la fréquentation d’internet, une radicalisation qui fait basculer dans le jihadisme, le passage à l’acte... C'est ce que j’appelle le loup solitaire, qui pratique une croisade à l’envers en massacrant des innocents." Et de rappeler le cas des frères Tsarnaev, auteurs de l'attentat du marathon de Boston.

"C'est une forme inédite de terrorisme", ajoute Bernard Squarcini. "Avant, les candidats à l'action violente partaient un an, deux ans. Ils apprenaient les techniques d'attentat sur zone, et nous pouvions accompagner, voire maîtriser leur action, notamment en mettant des 'sonnettes' (des signaux d'alerte échangés entre services) sur leur parcours. Aujourd’hui, on a affaire à un tout autre comportement."

"On est plus dans la terreur que dans le terrorisme"

Même analyse du côté des spécialistes du renseignement extérieur. Eux aussi mettent l'accent sur la caractère "de plus en plus autonome d’un engagement en circuit restreint. En ce sens, on est presque plus dans la terreur que dans le terrorisme. Cela est particulièrement difficile à combattre."

"Cette terreur est plus efficace pour ceux qui la pratiquent, souligne Bernard Squarcini, que 200 kg d’explosifs à Bagdad. L'effet est d’autant plus puissant que l'on est au pays où la vidéosurveillance est la plus développée, où les services de renseignement travaillent extrêmement bien. Et voilà qu'on tue dans la rue, que cette information et ces images tournent en boucle. Le simple citoyen peut alors basculer dans la peur, et penser que cela peut lui arriver à tout moment."

Bien sûr, les experts de la sécurité extérieure prennent également en compte l’image, dans leur analyse de la tuerie de Londres. "Ces loups solitaires ont  un rapport très particulier à la mort, au spectacle extrême, jusqu’à l’insoutenable. Rappelez-vous que Merah avait tout enregistré ! Ce qui est également troublant, c'est de voir qu'à Londres, ce sont les passants qui ont filmé ce meurtrier. Certes, à son invitation, mais on voit bien là que l’écran place désormais les gens comme dans une bulle. On témoigne mais sans prise de risque. L'écran s'interpose."

L'importance du contexte international

Quant à savoir si l'on peut prévenir ce type d'action criminelle, Bernard Squarcini renvoie aux obligations qui sont faites aux services en démocratie. "Soit on définit l'anticipation de ce type de terrorisme comme une obligation de moyens, et dans ce cas, nous devons tout repenser. Soit on la fixe comme une obligation de résultats, et là, il nous faut plus de capacités humaines, financières. De toute façon, nous sommes dans un Etat démocratique, où on ne peut pas mettre un policier derrière chaque citoyen suspect", analyse-t-il.

Et pour l'ancien responsable de la DCRI, le contexte est également un facteur explicatif : "Nous sommes à un moment de notre histoire où la menace est très forte. A l'Est, avec la Tchétchénie et l’Ouzbékistan; au Proche-Orient, où l'on peut craindre un retour de l’action violente du Hezbollah; et puis il y a la guerre que nous menons au Mali. Le contexte international offre maintes occasions à d'autres éventuels loups solitaires." 

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