La CGT a-t-elle perdu les élections professionnelles à Air France parce qu'elle a viré des islamistes ?

C'est ce qu'on pouvait conclure de propos tenus par Philippe Martinez sur France Info mercredi 2 décembre 2015.

Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, place de la République à Paris le 23 septembre 2015.
Le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, place de la République à Paris le 23 septembre 2015. (CITIZENSIDE / YANN KORBI / AFP)

La CGT a-t-elle perdu les élections professionnelles en mars 2015 à Air France, parce qu'elle a "viré" des "intégristes" ? C'est ce qu'on pouvait supposer en écoutant le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, mercredi 2 décembre sur France Info. Lors de ce scrutin, la centrale avait perdu, souligne Le Monde, "sa place de premier syndicat de la compagnie aérienne".

Le dirigeant de la CGT a fourni une explication jusque-là inédite : cette déroute était due à l'exclusion d'intégristes. Interrogé par France Info sur l'entrisme d'éventuels "islamistes" à la CGT d'Air France, il répond en effet : "On a viré purement et simplement ce genre d'individus de la CGT, cela nous a coûté la première place aux élections, mais on a assumé cette décision. On a perdu 500 syndiqués dans l'affaire. Ils n'étaient pas tous radicaux. On parle d'intégristes islamistes." (A écouter dans la vidéo ci-dessous, aux alentours de la 7e minute).


Intégristes islamistes à Air France : "On a... par FranceInfo

"Cela n'a rien à voir avec des intégristes !"

Secrétaire général de la CGT Air France, Miguel Fortea tombe des nues. "Oui, confirme-t-il, on a bien perdu 1 000 voix et 500 adhérents en désavouant des membres d'une section, mais cela n'a rien à voir avec des intégristes ! On les a désavoués parce qu'ils avaient des pratiques qui correspondaient plutôt à celles de la CFDT et qu'ils se faisaient les porte-parole de la direction !" Et de marteler avec force : "Il n'y a pas eu de prosélytisme, pas d'intégrisme !"

"C'est une connerie !" tranche de son côté Jean-Pierre Bernasse, syndicaliste Unsa aérien, allant dans le même sens que Miguel Fortea. Pour lui, le vote s'est surtout joué sur des revendications sociales. Il précise sa pensée. "Il y a sept comités d'entreprise à Air France. Au hub de Roissy, qui est l'un d'eux et le seul sur lequel circulent des rumeurs à propos d'éventuels personnels islamistes – ce que je ne reprends pas à mon compte –, la CGT est restée le premier syndicat avec 21% des voix, juste devant FO", ne perdant pas tant de plumes que cela. 

Le désaveu est surtout venu des autres comités d'entreprise, en particulier ceux où votent principalement des cadres (pilotes, personnel navigant, etc.). La CFE-CGC est ainsi devenue la première organisation d’Air France, avec plus de 18% des voix, contre 17,2% lors de la précédente élection, quatre ans auparavant. Le Monde concluait : "Les élections illustrent une montée en puissance des organisations réformistes, CFE-CGC, CFDT, FO, qui sont toutes en légers progrès."