Son ADN est retrouvé sur le jean de la victime alors qu'il a été acquitté après trois procès

Le corps d'une mère de famille, Nelly Haderer, avait été découvert découpé près de Nancy en 1987. Le principal suspect a été acquitté en 2008, mais la découverte de traces ADN vingt-sept ans après les faits relance l'affaire.

Jacques Maire lors de son troisième procès pour le meurtre de Nelly Haderer notamment, le 6 octobre 2008, à Metz (Moselle). 
Jacques Maire lors de son troisième procès pour le meurtre de Nelly Haderer notamment, le 6 octobre 2008, à Metz (Moselle).  (JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP)

Rebondissement spectaculaire dans une affaire vieille de vingt-sept ans. Le meurtre de Nelly Haderer, une mère de famille tuée en 1987 près de Nancy (Meurthe-et-Moselle), vient peut-être d'être élucidé grâce à l'ADN. Des traces du principal suspect viennent d'être identifiées sur le jean de la victime, rapporte L'Est républicain jeudi 30 janvier. Jacques Maire a été acquitté au terme d'un troisième procès en 2008. Francetv info déroule le fil de ce dossier judiciaire hors normes. 

Le meurtre : le corps d'une femme retrouvé découpé

Le 31 janvier 1987, le corps dénudé de Nelly Haderer, une mère de deux enfants âgée de 22 ans, est retrouvé dans une décharge à Rosières-aux-Salines, près de Nancy. Il porte deux impacts de balles de carabine 22 LR, et a en partie été découpé. 

Comme le rappelle France Info, "ses vêtements et ses papiers, ainsi que le signalement de sa disparition par son compagnon permettent de l'identifier rapidement". Mais l'enquête patine. Son ami, un temps soupçonné, est rapidement innocenté par un alibi. Un nouveau témoignage relance l'enquête : une jeune femme affirme avoir vu une voiture blanche attendre Nelly Haderer le soir de sa disparition. 

 Le suspect : Jacques Maire, un maçon alors âgé de 44 ans

Les policiers cherchent le propriétaire du véhicule, et le trouvent. Il s'agit de Jacques Maire, un maçon de 44 ans de la région de Dombasle-sur-Meurthe. Mais sa femme lui fournit un alibi jugé crédible pour la nuit du crime. Il est relâché. "En 1994, le juge d'instruction ordonne un non-lieu dans l'affaire, faute de preuve", écrit France Info sur son site. 

L'homme est rattrapé par une autre affaire : la disparition, à Dombasle-sur-Meurthe en 1983, d'Odile Busset, 20 ans. Son corps n'a jamais été retrouvé, et il faut attendre 1995 pour qu'un juge d'instruction s'empare du dossier, signale L'Est républicain. Cette fois, un témoin affirme avoir vu Jacques Maire, "réputé fêtard et violent" selon le quotidien, faire monter la jeune femme dans sa voiture le soir de sa disparition. En 1997, il est mis en examen et écroué. Deux ans plus tard, au vu des similitudes entre les deux dossiers, il est également mis en examen dans l'affaire Nelly Haderer. 

Les procès : condamné deux fois, acquitté la troisième

Renvoyé devant les assises en 2004 à Nancy, Jacques Maire est reconnu coupable de l'enlèvement et de la séquestration d'Odile Busset, mais acquitté du meurtre de Nelly Haderer. Il est condamné à quinze ans de prison. Rejugé en appel en 2006, à Epinal, le maçon est cette fois-ci condamné pour les deux affaires à vingt ans de réclusion. Mais un vice de forme - une greffière a oublié de parapher 32 pages de procès-verbal, précise Le Parisien - permet à ses avocats de renvoyer l'affaire devant la Cour de cassation, qui casse la décision, et ouvre la voie à un troisième procès.

En 2008, Jacques Maire est définitivement acquitté dans les deux affaires par la cour d'assises de la Moselle. 

Le rebondissement : son ADN sur le jean de Nelly Haderer

A la demande de la famille de Nelly Haderer, l'information judiciaire concernant son meurtre est rouverte en 2009 afin de procéder à des analyses génétiques. Deux ans plus tard, un profil ADN masculin est mis en évidence grâce à une tache de sang retrouvée sur la poche intérieure du jean que portait la jeune femme.

Ces traces ADN sont comparées avec le profil de plusieurs suspects, parmi lesquels Jacques Maire, mais aussi le tueur en série Francis Heaulme. Selon L'Est républicain, le "verdict" est tombé : elles correspondent au profil génétique de Jacques Maire, qui a toujours affirmé n'avoir jamais croisé la victime. 

"Je n'y crois absolument pas", a réagi son avocate, Liliane Glock. Et de rappeler qu'"après son acquittement, il avait lui-même demandé qu'on exploite les éventuelles traces d'ADN pour prouver son innocence"

En tout état de cause, Jacques Maire ne pourra plus être inquiété par la justice dans cette affaire, souligne son avocate. "En l'état actuel du droit français, le recours en révision n'est pas possible pour des victimes. Mais si les informations de 'L'Est républicain' étaient confirmées, on fera tout pour que ça change", promet de son côté l'avocat de plusieurs parties civiles, Pierre-André Babel.