Insécurité : "Des habitants demandent à devenir Voisins vigilants dans toute la France"

Le réseau Voisins vigilants rassemble des communautés ayant décidé de renforcer la surveillance de leur quartier. Un dispositif qui serait en plein essor, selon l'un de ses fondateurs.

Une pancarte posée par des membres d\'un réseau \"Voisins vigilants\" à Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes, le 4 novembre 2009.
Une pancarte posée par des membres d'un réseau "Voisins vigilants" à Mouans-Sartoux, dans les Alpes-Maritimes, le 4 novembre 2009. (MAXPPP)

Faut-il prendre en main sa propre sécurité ? C'est ce que pensent des milliers de personnes qui ont choisi de s'organiser entre voisins pour surveiller leur quartier. Pratiquées depuis longtemps dans les pays anglo-saxons, ces initiatives citoyennes se développent en France depuis le début des années 2000.

Le réseau Voisins vigilants en est le fer de lance. Les communautés membres rassemblent, avec le soutien des forces de l'ordre et des élus locaux, des citoyens volontaires organisés pour donner l'alerte rapidement en cas de comportement suspect.

Alors que l'homicide présumé commis par un bijoutier de Nice contre son braqueur met en lumière les dérives possibles de l'autodéfense, Thierry Chicha, le cofondateur de la plate-forme Voisinsvigilants.org, revient pour francetv info sur l'alternative promue par son site.

Francetv info : Comment le réseau Voisins vigilants s'est-il développé ?

Thierry Chicha : Au départ, c'était un épiphénomène, avec quelques communautés réparties dans les Alpes-Maritimes. Ma tante est franco-américaine, elle vivait une partie de l'année dans le département. Il y a eu une vague de cambriolages dans son quartier, avec toujours la même technique, celle du caillou : les malfaiteurs posaient un petit caillou devant le portail. S'il était toujours là deux jours après, c'est qu'il n'y avait personne. Les voisins se sont dit : "C'est vraiment trop bête, si on s'était parlés on aurait pu empêcher une partie des cambriolages." Ma tante connaissait les intiatives américaines de neighborhood watch (ronde de surveillance), c'est de là que tout est parti.

Combien de personnes sont inscrites aujourd'hui dans le dispositif ?

Jusqu'en 2011, le développement était surtout local, soutenu par des maires - de toute couleur politique - et des gendarmeries. La circulaire du 22 juin 2011, à l'initiative de Claude Guéant [alors ministre de l'Intérieur], a donné un cadre. Mais depuis deux ans, on remarque un développement colossal du nombre de demandes : nous avons 100 inscrits par jour sur notre site, il y a des "voisins vigilants" qui souhaitent s'inscrire dans toute la France.

Il y a aussi une demande assez forte de commerçants qui réclament désormais des "commerçants vigilants". Les gens se rendent compte du besoin qu'il y a de s'entendre pour assurer leur sécurité. On ne peut pas avoir un policier devant chaque maison, chaque magasin. 

L'homicide présumé d'un braqueur par un commerçant à Nice a suscité beaucoup d'émotion. Ne craignez-vous pas ce genre de dérives ?

C'est un risque que l'on mesure et sur lequel on s'est beaucoup interrogés. Mais nous n'avons jamais eu de dérives, de violences de la part de personnes qui sortiraient de la veille. Je pense que l'affaire de Nice montre qu'il est impératif d'avoir un cadre, pour canaliser la peur, s'adresser aux personnes qui en ont ras-le-bol de la violence.

Dans la mise en place d'une communauté de "voisins vigilants", l'une des étapes est une réunion d'information avec des responsables de la gendarmerie, qui rappellent le cadre fixé par la loi et expliquent clairement que c'est la police qui doit procéder à une arrestation éventuelle. Arrêter les méchants, c'est le rôle de la police. Le rôle d'un voisin, c'est d'être bienveillant avec ses autres voisins.