Procès des attentats de janvier 2015 : "Une épreuve qui permet d'avancer dans le travail de reconstruction" pour les victimes, selon une association

L'enjeu de ce procès est double, selon Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme. Permettre aux victimes de s'exprimer et trouver comment défendre "les valeurs républicaines".

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Guillaume Denoix de Saint Marc, porte-parole et directeur général de l'AFVT (Association française des Victimes de Terrorisme). (JEAN-CHRISTOPHE BOURDILLAT / RADIO FRANCE)

Le procès des attentats de janvier 2015 s'est ouvert mercredi 2 septembre au matin devant la cour d'assises spéciale de Paris. Quatorze accusés seront jugés jusqu'en novembre, dont trois sont absents. "Quelle que soit l'issue, et même s'il est frustrant" de par l'absence des "auteurs principaux", "ce procès est très important", a estimé sur franceinfo Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme, l'une des parties civiles au procès.

Les premières semaines seront consacrées aux témoignages des 200 parties civiles. Guillaume Denoix de Saint Marc explique avoir préparé les victime à "ne rien attendre" du procès "à part l'effet catharsistique". Pour lui, l'important est de voir "comment on peut agir non seulement sur un plan sécuritaire, mais sur le débat des valeurs pour défendre la démocratie, les valeurs républicaines et les valeurs des droits de l'Homme".

franceinfo : En quoi ce procès est-il capital pour les victimes ?

Guillaume Denoix de Saint Marc : Ce procès est très important, quelle que soit l'issue et même s'il est frustrant, par le fait que les auteurs principaux sont absents du box. C'est une épreuve qui permet d'avancer dans le travail de reconstruction. C'est un moment où on doit se questionner, mettre à plat tout ce qui s'est passé et mettre à plat toutes les insuffisances de la prise en compte de la radicalisation en France à l'époque. Comment se fait-il qu'un groupe tel que celui-là ait pu se constituer, notamment en prison ? Il y a des questions de fond sur la définition de l'ennemi, l'islam politique, et la façon dont l'État réagit à cela.

Ce procès ne risque-t-il pas de faire remonter des traumatismes ?

Chaque procès est un moment où l'on rencontre les protagonistes. C'est un moment très dur, nous avons tout fait pour préparer les victimes. Il faut être en capacité de résister à tout ce qui va être dit, montré.

C'est un moment qui va être forcément pénible et en même temps catharsistique. 

Guillaume Denoix de Saint Marc, directeur général de l’Association française des victimes de terrorisme

à franceinfo

Il faut se préparer à ce qu'on va subir, au peu de places qu'ont les victimes au moment du procès, sauf au moment où elles vont prendre la parole. Il faut aussi se préparer à cette prise de parole pour dire sa vérité quand ce sera le moment de le faire et tout faire pour qu'un message fort passe, en s'adressant au tribunal et indirectement aux prévenus.

Trois accusés sont absents, les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly sont morts. Ce procès risque-t-il de créer une forme de frustration pour les victimes ?

Il va manquer des réponses, mais en même temps nous avons préparé depuis le début les victimes à ce qu'elles n'attendent rien de particulier de ce procès à part l'effet catharsistique et l'effet de réminiscence de tous les mauvais souvenirs qu'elles ont eu et qu'elles ont réussi à apprivoiser. Leur histoire de vie a été totalement déviée de façon brutale, et ces victimes doivent retrouver un nouveau chemin en intégrant ce qui s'est passé. Elles sont tendues, comme avant une épreuve. Elles sont concentrées. Elles ont dû mal à venir s'exprimer. C'est un moment difficile parce que c'est le premier pas dans ce long tunnel de ce procès.

J'attends qu'on puisse vraiment faire la lumière sur beaucoup d'incompétences, de négligences dans la prévention de la radicalisation, alors que nous avons tiré le signal d'alarme dès 2010. 

Guillaume Denoix de Saint Marc

Je crois qu'il faut qu'on regarde ça de près et qu'on voit comment on peut agir non seulement sur un plan sécuritaire, mais sur le débat des valeurs pour défendre la démocratie, les valeurs républicaines et les valeurs des droits de l'Homme.

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