Vidéo L'affaire DSK sur Netflix : "Le fait de ne pas avoir de vérité judiciaire nous oblige à être en permanence sur une crête d'équilibre", explique le co-producteur

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"Cette affaire a été un peu l'étincelle qui a allumé #MeToo", explique Philippe Levasseur, directeur général de Capa presse, co-producteur de la série documentaire "Chambre 2806" sur l'affaire DSK.

"Le fait de ne pas avoir de vérité judiciaire nous oblige à être en permanence sur une crête d'équilibre", explique sur franceinfo Philippe Levasseur, directeur général de Capa presse, co-producteur de la série documentaire Chambre 2806 sur l'affaire DSK, réalisée par Jalil Lespert et disponible à partir de lundi 7 décembre sur Netflix. "Ça fait partie de ces affaires sur lesquelles il y a beaucoup de fantasmes et sur lesquelles il était important de reposer des faits", ajoute-t-il. Cette série recueille notamment le témoignage de Nafissatou Diallo, qui "estime avoir un rôle important aujourd'hui pour aider à la libération de la parole des femmes". "C'est la dernière grande affaire avant #MeToo", souligne Philippe Levasseur.

franceinfo : Pourquoi revenir aujourd'hui sur cette affaire ?

Philippe Levasseur : Parce qu'il y a beaucoup de zones d'ombre. Ça fait partie de ces affaires sur lesquelles beaucoup de gens pensent avoir un avis, sur lesquelles il y a beaucoup de fantasmes et sur lesquelles il était important de reposer des faits.

Et c'est vrai que les presque dix années qui se sont écoulées permettent aux langues de se délier et permettent d'avoir accès à des documents qui nous aident aujourd'hui à poser des faits par-dessus les fantasmes, d'une certaine manière, et à rétablir la vérité. 

Philippe Levasseur, directeur général de Capa presse, co-producteur de la série "Chambre 2806"

à franceinfo

S'il y a beaucoup de fantasmes sur cette affaire, c'est parce qu'elle n'a jamais été jugée, elle a fait l'objet d'un accord financier entre les deux parties. Est-ce gênant pour un documentaire ?

Ça oblige à être extrêmement équilibré, à rappeler en permanence qu'effectivement Dominique Strauss-Kahn n'a jamais été condamné dans cette affaire comme sur celles qui ont suivi. Parce qu'on parle de l'affaire DSK, mais en fait, ce sont les multiples affaires DSK sur lesquelles on revient. Et le fait de ne pas avoir de vérité judiciaire nous oblige à être en permanence sur une crête d'équilibre. J'espère qu'on a réussi.

Nafissatou Diallo a-t-elle accepté facilement de témoigner ?

Non, elle n'a pas accepté facilement. D'ailleurs, quand j'avais proposé cette série à Netflix, je n'avais pas promis la présence de Nafissatou Diallo. Donc, c'était plutôt une bonne surprise qu'elle finisse par accepter après avoir longtemps refusé. Quand elle a accepté de témoigner, on était déjà au montage. Et elle a accepté parce qu'elle a su par ailleurs qu'on avait beaucoup de témoins et que c'était important pour elle aussi de poser sa part de vérité dans cette série qui a quelque chose d'assez définitif. Elle avait bien conscience que c'était une occasion importante pour elle d'exprimer sa vérité sur le déroulé des faits, mais aussi sur tout ce qui s'est passé après, car elle est en colère contre la justice américaine et elle estime qu'elle n'a pas été bien traitée. Et puis elle estime aussi qu'elle a un rôle important aujourd'hui pour aider à la libération de la parole des femmes. Elle se voit un peu comme une porte-parole.

Photo extraite de la série documentaire "Chambre 2806" de Nafissatou Diallo, l'employée du Sofitel qui a accusé DSK de l'avoir agressé sexuellement. (NETFLIX)

Diriez-vous que c'est la dernière grande affaire avant #MeToo ?

Oui, c'est la dernière grande affaire avant #MeToo, et ça c'est quelque chose dont on a pris conscience au fil de la production, en rencontrant des féministes américaines, des responsables d'associations d'aide aux victimes aux États-Unis qui nous disent elles-mêmes que cette affaire a été un peu l'étincelle qui a allumé #MeToo. La libération de la parole vient sans doute aussi du fait que Tristane Banon ou Nafissatou Diallo ont osé s'exprimer à l'époque. 

Dominique Strauss-Kahn, lui, a refusé de répondre à vos questions dans ce documentaire. Vendredi dernier, il a posté un message indiquant qu'il livrerait sa version des faits dans un autre documentaire. Est-ce un hasard ?

Ce n'est pas un hasard, je pense qu'il a fait cette annonce parce qu'il savait que notre documentaire allait sortir. Après, sa version des faits est dans notre documentaire, il l'a exprimée sur le plateau de TF1, puis de nouveau sur CNN, elle est reprise aujourd'hui par ses avocats et par ses proches. Donc, elle est assez largement connue, sauf à imaginer qu'il aurait pu changer de version depuis.

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