Affaire Clearstream : épilogue sur fond de "Françafrique"

La cour d'appel de Paris doit rendre ce matin son arrêt dans le procès en appel de l'affaire Clearstream. L'ex-Premier ministre Dominique de Villepin espère voir sa relaxe confirmée, alors que se profile une autre affaire, liée aux accusations de l'avocat Robert Bourgi sur l'argent des chefs d'Etat africains. Jean-Louis Gergorin, ex-vice-président d'EADS et le mathématicien Imad Lahoud ont été condamnés en première instance.

(Radio France © France Info)

L'affaire Clearstream va-t-elle arriver à son point final ce matin à 9 h ? Même pas sûr. L'un des avocats de Jean-Louis Gergorin, l'ancien vice-président d'EADS, espère bien ménager un coup de théâtre qui pourrait retarder l'arrêt de la Cour d'appel de Paris. Et une fois encore, l'affaire Clearstream se nourrit de la polémique du moment, puisque Me Iweins met en avant des informations publiées dans le livre de Pierre Péant, “La République des malettes”.
_ Etonnante affaire Clearstream, à la fois minable et romanesque, fruit d'une haine entre quelques-uns des plus hauts personnages de la République, embarqués dans une histoire d'escroquerie au renseignement et de diffamation. On y croise un maître-espion ombrageux, retiré dans la solitude des monts du Morvan, un journaliste d'investigation poursuivi par la vindicte d'une officine financière, ou encore, une éditrice parisienne à la réputation salie par une rumeur.

La décision la plus attendue concerne évidemment l'ancien Premier ministre Dominique de Villepin, entravé en plein galop présidentiel. Le parquet général a requis contre lui 15 mois de prison avec sursis. Il avait été relaxé en première instance et compte bien voir cette relaxe confirmée en appel. Mais il sait qu'il ne pourra pas reprendre son élan. Depuis ce week-end, l'avocat Robert Bourgi a en effet fait éclater sa bombe. La sulfureuse Françafrique et ses magouilles refait surface à aux dépends du fondateur de République solidaire et Dominique de Villepin se voit accusé, avec Jacques Chirac, d'avoir touché quelques 20 millions de dollars de chefs d'Etats africains pour financer des campagnes électorales.

Cette nouvelle affaire pourrait rallumer l'emballement autour du procès en appel de Clearstream, retombé à cause de l'absence du président de la République, du moins de son avocat, dans les rangs des parties civiles. Les débats, du 2 au 26 mai, étaient revenus à la mesure des faits. Et comme eux, ils se sont avérés décevants. Aucune réponse claire n'en a émergé. Difficile, à l'écoute de ce qui a été dit, de savoir qui est le pivot de ce complot d'apprentis-sorciers : Imad lahoud, l'informaticien-mathématicien, a-t-il manipulé un Jean-Louis Gergorin paranoïaque avec ses listings trafiqués ? Où bien est-ce Jean-Louis Gergorin qui a décidé la falsification, faisant pression sur un Imad Lahoud apeuré ? Et Dominique de Villepin ? A-t-il laissé sciemment circuler les faux documents, espérant détruire Nicolas Sarkozy ?

A cette dernière question, le parquet répond “oui”. Mais une éventuelle reconnaissance de culpabilité de Dominique de Villepin aboutira-t-elle à une condamnation ? Pas sûr encore une fois. Car la “complicité par abstention” n'est pas un délit reconnu, et la Cour peut l'ignorer.

Quant à Imad Lahoud et Jean-Louis Gergorin, condamnés en première instance, ils risquent plus encore que Dominique de Villepin. le parquet général a demandé respectivement 15 mois ferme et 12 mois ferme, alors pourtant qu'il estime que le second est le principal instigateur de cette affaire que l'Histoire se dépêchera sans doute d'oublier.

Grégoire Lecalot, avec agences