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Municipales : comment faire campagne avec un nom à coucher dehors

Imprononçables, amusants ou insultants… Les noms des candidats aux municipales sont parfois difficiles à porter. Un handicap potentiel dont ils s'accomodent avec humour et imagination.

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France Télévisions
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A Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne), Xavier Pareille a décidé de faire campagne sur un jeu de mots. (XAVIER PAREILLE)

Comment faire campagne lorsque les électeurs ont du mal à retenir votre nom ? Quand vos adversaires s'en moquent copieusement ? Quand les journalistes ne savent pas l'écrire ? Ces questions, certains candidats aux élections municipales se les sont posées au moment de déclarer leur candidature pour le scrutin des 23 et 30 mars. Ils portent un nom imprononçable, amusant, voire insultant.

Ils racontent à francetv info comment ils ont adapté leur communication à ce handicap potentiel.

Quand votre nom est compliqué à écrire

Lorsque Christophe Najdovski a été désigné tête de liste d'Europe Ecologie-Les Verts à Paris, la question s'est posée. Fallait-il utiliser un diminutif ou garder son nom complet pour les affiches de campagne et le site internet ? "Ce n'est pas une question anodine. Il y a pas mal de gens qui ne retiennent pas son nom, on a entendu des "Najdovitch", "Najdokiev" (…). Et cela n'aide pas en termes de recherche internet, ce n'est pas simple de taper son nom, explique-t-on dans son équipe de campagne. On a même vu à la une du Parisien un w dans son nom."

Son équipe milite pour l'utilisation du diminutif "Najdo". "On pensait que c'était plus percutant, que ça rentrerait plus. Mais il n'a pas retenu cette option, raconte son entourage. Il n'a pas envie de tricher avec la réalité pour des raisons de communication." Une décision qui n'empêche pas son équipe de campagne d'utiliser ce diminutif sur Twitter et de l'appeler "Najdo" "derrière son dos".

Candidat du Front de gauche et du NPA à Quimper, Patryk Szczepankiewicz ne veut pas transiger davantage. "Il y a des chances que les gens m'appellent 'le mec au nom imprononçable', mais j'ai le nom que j'ai, je n'ai pas honte de mes origines" polonaises, réplique cet informaticien de 34 ans, qui reçoit parfois des factures adressées à "Monsieur Patryk". En campagne depuis peu - le collectif a préféré élaborer la liste et le programme avant de désigner son chef de file -, il n'a pas rencontré de problème particulier. "Il y a juste eu un commentaire amusant sur Facebook, raconte-t-il. Une dame a écrit : 'heureusement que l'électeur ne doit pas écrire le nom lui-même, parce qu'il n'aurait aucune chance le pauvre Patryk'."

La candidate UMP à la mairie de Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, le 20 janvier 2014 à Paris. (KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Avoir un nom compliqué n'est cependant pas rédhibitoire. Nathalie Kosciusko-Morizet a réussi à populariser le diminutif NKM et à en faire une marque. On le retrouve aujourd'hui sur ses affiches, ses tracts et dans l'adresse de son site internet de campagne.

Quand votre nom prête à sourire

Jean-Antoine Moins (prononcez "Moinsse"), candidat UMP à Aurillac, ne voulait pas laisser à ses adversaires le monopole de l'humour. "Je me disais bien qu'ils utiliseraient mon nom pour faire des jeux de mots idiots, alors j'ai préféré prendre l'initiative", explique-t-il. Le député PS du Cantal Alain Calmette l'a d'ailleurs appelé "Monsieur Moin(s)" lors d'une réunion publique, comme le rapporte La Montagne. Le candidat planche alors avec une agence de communication sur une parade, qui lui permettrait au passage d'accroître sa notoriété et de faire passer un message. Ce sera "Faire plus avec Moins", malgré les réticences de ses colistiers.

L'affiche de campagne du candidat UMP à la mairie d'Aurillac, Jean-Antoine Moins. (JEAN-ANTOINE MOINS)

"Cela a bien marché. Je m'en suis pas mal sorti, j'en ai fait un atout, se félicite aujourd'hui cet avocat de profession. J'ai interdit toute critique, tout amusement de la partie adverse, cela a permis de m'installer dans le paysage politique (…) et il y a un discours derrière de meilleure gestion de la ville." Il raconte que le week-end précédent, lors d'un match de rugby du Stade aurillacois, des supporters ont demandé aux joueurs de "faire plus avec moins".

Xavier Pareille a lui aussi choisi de s'amuser avec son nom. Il se présente à Buzet-sur-Tarn (Haute-Garonne) à la tête d'une liste sans étiquette, avec le slogan "Avec Pareille, ce sera différent". "Je suis enseignant en sciences politiques [à l'IEP de Toulouse], cela fait partie de mes méthodes de creuser les mots, de jouer avec (…). La politique peut-être sérieuse sans être austère", explique ce quinquagénaire. 

"De toute façon, si ce n'était pas moi, les autres l'auraient fait, puisque je commençais à lire sur internet des critiques comme 'ce sera du Pareille au même'. Je me sens à l'aise parce que ça me correspond, c'est important de montrer qui l'on est", développe le conseiller municipal, qui rêve d'installer une démocratie participative dans sa commune, avec référendum.

Quand votre nom est insultant

Marc Ducom, maire d'Ychoux (Landes) et candidat à sa réélection, a moins de marge de manœuvre pour faire de son nom un avantage. Alors il fait le dos rond, même lorsque des tags "Ducon dégage" fleurissent sur les murs du village un matin de décembre, comme le raconte France Bleu. "C'est trop facile à faire, Ducom, Ducon. Ça me fait rire et ça donne une idée du niveau de la personne qui le dit", balaye-t-il.

"C'était comme ça à l'école, au service militaire, énumère l'édile, qui n'aura pas d'opposants pour les prochaines élections. Et ce sera comme ça jusqu'à la fin." Il précise quand même, à toutes fins utiles, qu'"ici, on prononce toutes les lettres". Une position probablement partagée par Jérôme Cosnard, candidat à Coutras (Gironde).

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