Fruits, légumes, pain, gâteaux : le succès des paniers alimentaires de produits invendus, face à la baisse du pouvoir d'achat

Article rédigé par
Thomas Giraudeau - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
Atelier pour apprendre comment cuisiner sans gaspiller, sur la base de produits invendus (photo d'illustration), à Paris.  (BRUNO LEVESQUE / MAXPPP)

Pour limiter les effets de la hausse des prix, les clients de paniers de produits invendus sont de plus en plus nombreux. 

Deux fois par semaine, depuis le mois de février, Sébastien, un jeune Parisien, ouvre l'application Phénix. Il regarde autour de chez lui quels commerces proposent des paniers de produits à prix cassés, trois fois moins chers que pour les mêmes produits en rayon. "Pour les produits alimentaires, le lait, les fruits et légumes, c'est vraiment intéressant", explique-t-il. 

Face à la hausse des prix et l'inflation qui a atteint 4,8% en avril, par rapport au même mois l'année dernière, les Français sont de plus en plus nombreux à chercher des moyens de faire des économies. L'alimentation est le troisième poste de dépense le plus important, après les transports et le logement. Plusieurs milliers de boulangeries, de restaurants, de supermarchés proposent des paniers de produits invendus à prix cassés. Autrement, ces produits partiraient à la poubelle. En ce moment, ces paniers sont particulièrement prisés. 

Moins de 10 euros de courses par semaine

"Notamment chez le primeur, j'ai toujours l'impression que c'est super cher, commente Sébastien. "En ce moment ce n'est pas la bonne période. Quand on veut payer des produits qualitatifs, il faut payer assez cher". Avec deux paniers par semaine de légumes et de fruits, le jeune Parisien réussit à faire ses courses de la semaine "pour moins de 10 euros."

"Ça permet de se payer des trucs à côté, aller au cinéma, faire des économies pour les vacances. C'est vrai que quand on est jeune et qu'on a enlevé le loyer, la nourriture reste un gros poste de dépense."

Sébastien, jeune Parisien

à franceinfo

Sébastien économise ainsi 80 euros par mois. Un budget non négligeable pour ce jeune actif originaire du Sud-Est, et qui a vu son pouvoir d'achat fortement diminuer en arrivant à Paris. En revanche, il existe plusieurs contraintes avec les paniers : aller les chercher à certains créneaux horaires, souvent le soir, et consommer vite les produits, ou les congeler. Ils ne sont pas chers parce qu'ils allaient dépasser la date de péremption.

Sébastien achète deux paniers par semaine de fruits et légumes invendus chez un primeur de son quartier, dans le 18e arrondissement de Paris. Il économise 80 euros par mois.  (THOMAS GIRAUDEAU / RADIOFRANCE)

100 à 200 euros d'économie par mois

Autre inconvénient : on ne sait pas quels produits on aura dans son panier. Juan a déjà eu des légumes, comme des betteraves, ou du fromage de chèvre qu'il n'aimait pas. Mais le plus important pour le jeune Colombien, c'est de faire des économies. "C'est moins cher, reconnaît Juan "car là avec l'inflation, pour les produits agricoles, c'est énorme !" "En Colombie, on mange beaucoup de riz. J'essaie de conserver un peu mes traditions colombiennes. Le riz a beaucoup augmenté et tous les légumes."

Juan travaille en télétravail pour une entreprise américaine. Payé en dollars, il perd en pouvoir d'achat, par le jeu du taux de change avec l'euro. De plus, son salaire n'est pas revalorisé en suivant l'inflation économise 100 à 200 euros par mois grâce aux paniers, qu'il envoie à sa famille en Colombie. Quand d'autres en ont besoin dans leur quotidien. 

"En général, on les laisse choisir un sandwich, une viennoiserie, du pain, et un petit gâteau sucré" et le tout pour cinq euros, indique Neïma, boulangère dans un quartier populaire parisien. Elle vend trois à quatre paniers tous les soirs, depuis un an et demi. 15 000 points de vente sont enregistrés sur l'application Phénix. "Pour éviter le gaspillage et puis si ça peut aider des jeunes en difficulté ou même des personnes en difficulté, on a fait ça", poursuit la boulangère. "Je vois beaucoup de jeunes qui viennent prendre des paniers."

Jeunes acheteurs

Les jeunes sont en effet le profil-type de l'acheteur de paniers via l'application Phénix : des jeunes, plutôt des femmes, urbaines, entre 25 et 35 ans. 
Jean Moreau, le co-fondateur de Phénix, voit l'utilisation de son application augmenter fortement ces derniers mois.

"On voit que ça devient une nouvelle habitude de consommation, une nouvelle routine."

Jean Moreau, co-fondateur de Phénix

à franceinfo

Les utilisateurs réguliers de l'application sont entre 350 000 et 400 000, et achètent au moins deux paniers par mois. "On constate de plus en plus de téléchargements sans qu'on ait augmenté les budgets marketing, publicitaires", constate Jean Moreau. "C'est un flux assez naturel qui vient sur l'application avec beaucoup de bouche-à-oreille aussi, je pense." "Et le deuxième constat, c'est qu'il y a beaucoup plus de réachat, détaille le co-fondateur de Phénix, Donc des gens qui n'achètent plus un panier par mois ou par semaine, mais 2, 3, 4, 5, 10."

Jean Moreau observe aussi que les consommateurs se ruent aujourd'hui sur les produits de première nécessité : fruits, légumes, produits laitiers. Alors qu'ils utilisaient avant l'application pour tester des restaurants à emporter. Selon des études internes à l'entreprise Phénix, 70% de ses utilisateurs achètent d'abord des paniers pour des raisons économiques, de préservation de leur pouvoir d'achat, avant des raisons écologiques, ne pas gaspiller. 

Avec l'inflation, les paniers alimentaires anti-gaspillage ont la cote : le reportage de Thomas Giraudeau
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