Les tractations autour d'Alstom en quatre questions

L'Allemand Siemens et l'Américain General Electric ont tous deux entamé des discussions pour envisager une acquisition d'une partie d'Alstom. Quelles sont les activités concernées ? Quelles conséquences pour l'emploi ?

Le siège d\'Alstom, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 27 avril 2014. 
Le siège d'Alstom, à Levallois-Perret (Hauts-de-Seine), le 27 avril 2014.  (PATRICK KOVARIK / AFP)

La bataille fait rage autour du fleuron industriel français AlstomL'entreprise, qui fabrique notamment des TGV et des équipements pour des centrales nucléaires, connaît des difficultés. Après la révélation de tractations en cours avec l'Américain General Electric, l'Allemand Siemens a contre-attaqué dimanche.

L'affaire se corse, si bien que François Hollande a pris le dossier en main. Il reçoit, lundi 28 avril à 9h30, le PDG de General Electric. De son côté, Alstom se réserve jusqu'à mercredi pour se prononcer. Francetv info fait le point sur l'avenir de l'entreprise.

Qui sont les candidats au rachat ?

General Electric a déjà entamé des négociations avec Alstom, restées dans un premier temps confidentielles. Elles concernent l'acquisition de la division énergie d'Alstom. Mais le gouvernement français, inquiet de voir passer un fleuron de l'industrie dans le giron américain, a fait savoir qu'il souhaitait voir émerger d'autres candidats.

Dans ce contexte, le groupe industriel allemand Siemens, jusqu'ici grand rival d'Alstom, n'a pas encore communiqué sur une offre de rachat, mais a annoncé dimanche avoir adressé une lettre au conseil d'administration d'Alstom, pour lui signifier qu'il était prêt "à discuter de futures opportunités stratégiques". Siemens avait déjà manifesté son intérêt pour le rachat des activités d'Alstom dans l'énergie en 2004, au moment du sauvetage du groupe français.

Quelles sont les propositions ? 

L'opération proposée par General Electric vise l'achat des actifs du groupe français liés à l'énergie (équipements pour centrales thermiques, lignes à haute tension, énergies renouvelables, soit les divisions "Power" et "Grid"). Elles représentent plus de 70% de l'activité d'Alstom et un chiffre d'affaires de 14 milliards d'euros. La transaction est estimée à quelque 10 milliards d'euros, selon la presse.

Le patron de Siemens proposerait de son côté un échange d'actifs. Il s'agirait de racheter à Alstom son activité énergie, convoitée par General Electric, contre une somme en numéraire, à laquelle s'ajouterait "la moitié de sa branche transports", selon les informations du Figaro. Dans le cadre de cette offre, pas encore formelle, l'entreprise allemande céderait au groupe français le TGV allemand (ICE) et ses locomotives, mais pas les rames de métro.

Quelle est la position d'Alstom ? 

Le PDG d'Alstom est viscéralement opposé à tout rapprochement avec le groupe allemand. Siemens craint de son côté de se retrouver face à un très puissant concurrent, qui plus est sur ses terres européennes, en cas de rapprochement entre General Electric et Alstom dans le domaine de l'énergie, l'une de ses sources majeures de revenus et de bénéfices.
 
Au terme de son conseil d'administration, dimanche soir, Alstom a annoncé qu'il entendait poursuivre pendant deux jours sa "réflexion stratégique". Dans un bref communiqué, le groupe indique que son action restera suspendue à la Bourse de Paris jusqu'à mercredi matin, date à laquelle il "informera le marché" de ses intentions.

Quel impact pour les salariés du groupe français ?

Un rachat par Siemens poserait des problèmes en termes de pertes d'emploi, car les deux entreprises sont similaires et cela créerait des doublons de postes. Un connaisseur du dossier parle dans le JDD d'un "bain de sang social". Prenant en compte les préoccupations exprimées par le gouvernement français sur l'emploi et l'éventuelle perte de centres de décision, Siemens "formule un certain nombre d'engagements" sur ces questions, ajoute-t-il.

Alstom est déjà engagé dans un plan de suppression de plus de 1 300 postes au niveau mondial. Le titre a été récemment chahuté en Bourse sur fond de rumeurs alarmantes sur sa santé financière. Sa dépréciation boursière a même fait basculer dans le rouge en 2013 les comptes de Bouygues, son actionnaire de référence.